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Wednesday, November 23, 2005

Chapitre XX DE SA NAISSANCE A LA MORT DE SA MERE - 1877-1895

-Maman Michel et les grands parents Dreyfus dans la jeunesse de mon père.
Georges Lévy, mon père, est né le 11 avril 1877 à Reims.
Quand ses parents partent à Paris en 188O, eux qui ont tous deux été élevés par la Maman Michel, trouvent tout à fait naturel de lui laisser leur fils. A ce moment Maman Michel a soixante dix huit ans et vit avec sa fille Elisa. Quelques mois plus tard, quand Arthur, son père, revient à Reims, tandis que Cécile, sa mère, reste à Paris, il s'installe lui aussi chez Maman Michel. Cela durera jusqu'au retour de Cécile à Reims en 1887. Et c'est ainsi que Georges a vécu sa tendre enfance chez sa bisaïeule et loin de sa mère de sa troisième à sa dixième année.
Georges et son père habitent chacun une mansarde tandis que Maman Michel et Elisa sont au rez-de-chaussée dans une maison dont je ne sais rien d'autre.
Le matin c'est tante Elisa qui le réveille. Il doit s'installer sur une toile cirée et la tante, une cruche d'eau froide à la main, le savonne des pieds à la tête. Ensuite il descend dans la cour et, pour satisfaire à la Loi, il doit, cette fois, sans savon, se laver trois fois la figure à la pompe. Puis tante Elisa lui pose sa main éternellement glacée sur la tête et il doit réciter la prière du matin. Cela même quand il fait très froid, ce qui n'est pas exceptionnel à Reims.
C'est à cette même pompe que Georges doit se laver les mains avant chaque repas. Personne ne se met à table sans Maman Michel. C'est elle qui cuisine et on doit attendre qu'elle apporte le plat. Et quand elle est là on attend encore qu'elle marmonne la prière, que d'ailleurs elle n'impose à personne de réciter.
Pour l'habillement, Georges se souvient des pantalons que l'on taillait dans ceux de son père ou de ses oncles. Il se souvient aussi du costume du dimanche, cadeau rituel de Pâques offert par la grand-mère Dreyfus.
Autre rituel des grands parents Dreyfus, c'est le repas qu'il va prendre chaque jeudi midi chez eux. Quand il est très jeune c'est sa tante Elisa qui le conduit, puis dès qu'il le peut il prend le tramway qui passe à cent mètres de la maison et le dépose à la porte de l'usine, et quand il est assez grand il y va en vélo. Après les cours du matin à l'école et plus tard au lycée, il devait passer chez lui pour se changer, car il fallait être correct pour se présenter à la table des grands-parents.
De ces visites il a gardé le souvenir de la grande salle à manger que j'ai déjà décrite lorsque j'ai raconté la vie du grand-père Dreyfus. Il avait la hantise des heures passées à table et dans son esprit d'enfant cette salle à manger, malgré son animation lui a laissé un souvenir triste et lugubre.
Mais il y avait des contreparties car il passait l'après midi à l'usine avec son oncle Albert, mais aussi avec son oncle Paul qui n'avait que douze ans de plus de que lui. Alors que Georges était tout gamin, son oncle Albert l'avait mis sur le dos du plus vieux cheval de l'usine, un petit cheval noir, haut comme un poulain, d'un caractère calme et docile, jusqu'au moment où, trouvant que la leçon avait assez duré, il baissait l'encolure très bas pour envoyer Georges piquer une tête sur le sol de la cour. C'était aussi l'oncle Albert qui, ayant acheté une bicyclette dès l'apparition de ce matériel, avait mis Georges en selle et ainsi contribué à ce qu'il ait la sienne à peine âgé de treize ans, ce dont il n'était pas peu fier, aucun gamin de son âge n'ayant eu ce privilège. D'autre fois il sortait avec Julien, le commis, pour les corvées à la gare ou ailleurs. Comme Julien lui laissait les rênes il avait appris très jeune à conduire le gros camion à deux chevaux. Georges aimait aussi circuler de la cour de l'usine aux abattoirs, ou dans le pré derrière l'usine ou encore aux écuries dont Julien s'occupait.
Avec son oncle Paul il avait des rapports de complicité. Celui ci facilitait, à l'insu de tous, des sorties le soir et Georges rencontrait Berthe, l'amie de son oncle, demi mondaine de la ville. Amicalement elle appelait Georges, son neveu, et le présentait comme tel à ses amies de la brasserie Jung, rendez vous de toutes ces dames. Là Georges, qui devait avoir entre quinze et seize ans, ne risqu'ait pas de rencontrer son père et encore moins sa mère car aucun mari n'aurait conduit sa femme dans cet établissement.
Nous avons vu que dans son rôle de patriarche Jacques Dreyfus organisait les mariages de la famille. C'est ainsi que, lors du mariage de l'oncle Albert avec sa cousine germaine Aline Hass, il proposa de marier son petit fils Georges avec sa nièce Marie Cerf, qui, malgré la différence d'une génération, était du même âge, environ quinze ou seize ans. Elle était agréablement dotée, mais avait un genou ankylosé. Alors, devant toute la famille, Georges n'hésita pas à déclarer qu'il ne se marierait jamais avec une boiteuse. Mon père ne le précise pas, mais il est probable que le grand-père Dreyfus a dû avoir du mal à accepter cette marque d'indépendance.
Quand il a eu treize ans Georges est allé passer ses vacances à Remiremont chez ses grands oncles et tantes, les frères, soeurs, beaux frères et belles soeurs de Jacques Dreyfus. Tous suivaient la tradition de la Loi. Tous? Du moins les femmes, car Samuel et Wolf le mari de Judith, que leurs professions entraînaient à visiter la clientèle assez loin, en cabriolet, déjeunaient dans une auberge quelconque avec le repas froid préparé suivant les régles à la maison, mais ils en profitaient, Samuel pour manger des écrevisses et Wolf de la charcuterie...pourtant Samuel était Président de la Communauté Israélite de Remiremont !
Là bas Georges voyait aussi Cerf, son grand oncle, très indépendant des Dreyfus. Nous avons vu qu'il fabriquait du savon, et Georges, à treize ans, avait trouvé très bizarre qu'à Remiremont on puisse fabriquer du savon de Marseille.
Il semble qu'il ait passé avec toute cette famille des vacances agréables, mais mon père ne mentionne pas d'autre détail à ce sujet.
Au plan religieux, après la période stricte passée avec Maman Michel, j'ignore comment évolue son comportement. Il vit dans une famille assez pratiquante et très concernée par les activités religieuses de la communauté, mais qui n'en prend pas moins des liberté avec la religion, et j'ai mentionné aussi que ses parents, Arthur et Cécile, ne s'en souciaient guère.
J'ai trouvé une carte postale intitulé "Le plat de Pâques" avec une mention imprimée en caractères hébraïques, du moins je suppose. Au dos il est écrit "Puisse votre chère grand-mère vous aider à croire". Cette carte était dans les papiers de mon père. Je peux raisonnablement supposer qu'elle lui était destinée, et cela donnerait une indication sur sa façon de penser. Mais je ne peux l'avancer comme une certitude.
-Les écoles et le lycée.
En ce qui concerne son instruction, Georges a été envoyé très tôt dans une école tenue par des soeurs, et il avait gardé un souvenir sympathique de la soeur Reine qui le bousculait amicalement de son pied quand il voulait se mettre à genou. Puis c'est l'école primaire qui se passe sans histoire.
Arthur, son père, n'avait pas d'ambition pour l'avenir de Georges. Il attendait ses treize ans pour le prendre avec lui en apprentissage chez Wisner. En attendant Georges, sorti de l'école primaire, entrait à l'école commerciale. Rien à voir avec la dentisterie, mais simplement parce que le cousin Salomon Mendel et son oncle Paul étaient passés par là et que, n'ayant que onze ans, il y avait deux années à passer.
Il rate complètement son année scolaire 1889/9O pour raison de santé, crise de croissance compliquée de rhumatismes. De ce fait il ne passe pas l'examen de passage de deuxième en troisième et dernière année de l'école commerciale. Peu importe puisque son père veut le prendre avec lui en apprentissage.
Mais les événements devaient en décider autrement. Wisner, le patron, d'Arthur, avait un fils âgé d'environ cinq ans de plus que Georges qui venait de faire sa première année à l'école dentaire et ne s'était pas présenté à l'examen de fin d'année. Or on prévoyait la mise en place à plus ou moins brève échéance d'une loi réglementant la dentisterie et Wisner comptait sur son fils pour l'avenir de son cabinet. Cette loi sera votée en 1892, j'en parlerai plus loin.
C'est dans ces conditions que Wisner a proposé à Arthur de faire diplômer Georges en s'engageant à le prendre après son service militaire et à l'intéresser au cabinet.
C'est un tournant important dans la vie de Georges, car il entre au Lycée en bénéficiant de son passage à l'école commerciale considérée comme "primaire supérieur", cycle d'étude qui existait encore à mon époque, mais qui a disparu depuis.
Quand Arthur vient avec Georges chez le proviseur pour son inscription, celui ci a dans son bureau le portrait de Gustave Mendel, ancien élève du même lycée, qui a publié des mémoires après ses recherches archéologiques comme je l'ai déjà raconté. Arthur, par amour propre, juge utile de dire que ce Mendel est un cousin, ce qui provoque une réplique sèche du proviseur: "et c'est à treize ans que vous m'amenez votre fils! ce n'est pas le moyen pour qu'il fasse honneur à la famille!". Et quand, par la suite, Georges s'était entendu dire à maintes reprises que son cousin ne serait pas fier de lui, il avait fini par prendre en grippe ledit cousin.
En raison de l'importance qu'il attache à cette période, je crois que le mieux est de reprendre le texte manuscrit de mon père à ce sujet:
"Ce que furent ces quatre années de lycée, vu à distance, il m'est permis de dire une initiation à la vie.
"Au point de vue matériel, pour aisée qu'ait été la situation de mon père, elle ne permettait pas de largesse. (Je rappelle qu'alors toutes les études étaient payantes.)
"Le lycée comportait des demi-pensionnaires, ce dont il n'était pas question pour moi, des externes surveillés et des externes libres. Les premiers étaient tenus de 8 à 12 heures et de 14 à 19 heures, c'est à dire avec des études surveillées entre les leçons , alors que les seconds étaient libres en dehors des heures de leçon. Ceci implique une assiduité au travail à la maison sans le secours ni la surveillance du maître qualifié, non pour faire nos devoirs, mais pour une directive, une explication précieuse souvent. Marquer la difficulté n'est pas dire impossibilité puisque j'ai réussi, ni même exagérer l'effort car je n'étais pas un élève d'une valeur particulière. Mais il faut ajouter une difficulté psychologique: la liberté, le manque de surveillance, les heures de cours étant différentes suivant les jours. Il en résultait la possibilité de jouir de cette liberté certains après midi en se rattrapant sur les veilles prolongées.
"Il fallait certes pour moi l'attrait merveilleux du départ à Paris comme étudiant, le mirage du Boul'Mich', de Bullier (1) et des théâtres, la vie de Paris enfin, comme but final de l'effort à donner. Et quelle récompense!
"De ce stage part pour une partie ce que serait l'orientation de ma vie, du moins ce qui est dit "vie privée".
"A l'Ecole Commerciale, primaire supérieure, la littérature n'était guère poussée et portait presque uniquement sur les classiques du grand siècle, à peine un aperçu des époques antérieures et quelques données au delà: Jean-Jacques, Voltaire, sans plus. Il ne faut pas oublier que Victor Hugo venait seulement de mourir et il n'était pas de tradition de sacrer "classique", même après des obsèques nationales, un auteur avant un certain nombre d'années.
"A l'encontre, au lycée, le professeur nous emballa tous sur le romantisme avec les modernes du siècle: Lamartine, Musset, Hugo dont on publiait les oeuvres complètes y compris certaines correspondances avec Juliette Drouet.
"Bien plus, poussant très au delà et empiétant sur la sociologie il nous initiait aux écoles de Comte, Herbert Spencer, Darwin, et jusqu'à Karl Marx et Fourrier.
"De la première partie nous étions quelques uns à nous emballer sur le chapitre de l'amour, à attendre ou à prévoir celle qui serait la femme de notre vie, celle pour qui rien ne coûte, famille, honneur, fortune (pour ceux qui possédaient), tout doit être sacrifié.
"Notre professeur que nous estimions beaucoup, car il savait nous intéresser, ne se doutait pas du travail qui se faisait dans nos esprits. Divisés en deux camps, ceux qui voulaient se garder purs pour la femme idéale, et les autres qui, prudents, considéraient avoir un devoir d'éducateur et non d'éduqué quand la femme attendue arriverait, et donc devaient faire un apprentissage de l'amour. Un peu jeune pour différencier l'amour sentiment de l'amour physique nous cataloguions les "purs" comme timides ou sous la coupe des curés. J'étais naturellement des seconds, ceux partisans de l'expérience, mais il faut avouer qu'au départ les expérimentateurs n'étaient que théoriques. .......
"Quant à la seconde partie, celle des commentaires sur Karl Marx, Fourrier, Auguste Comte etc, nos esprits devaient en rester marqué. Il préparait, ce professeur, peut être sans s'en rendre compte, toute une génération vers le socialisme. Personnellement j'aurai à parler plus loin de ma participation active aux Universités Populaires et aux Jeunesses Républicaines, émanations du parti Radical où nous diffusions ces théories. Ayant quitté le lycée de Reims dès le bachot acquis, j'ai peu suivi mes camarades dans leur évolution, cependant j'ai retrouvé beaucoup plus tard, vers 193O, Morizet, fils du notaire de ma famille, dont la situation morale était plus qu'enviable, maire socialiste de Boulogne sur Seine."
Mon père termine ses études au lycée de Reims en 1893 et commence ses études de médecine et dentisterie à Paris en septembre de la même année. Il a seize ans et demi et ces études dureront quatre ans, c'est à dire jusqu'en 1897.
-Sa mère.
Quand mon père parle de sa mère, c'est toujours avec une intense émotion et il en sera de même jusqu'à la fin de sa vie.
Je dois dire que j'ai lu quelques lettres précieusement conservées par mon père, et que le ton ne me parait pas révéler un amour maternel débordant. Rien à voir avec les lettres que j'ai pu recevoir de ma propre mère. Mais peut être était-ce seulement de la retenue? Ou une question d'époque? Ou son éducation, car elle a dû être élevée assez durement, ce qui peut empêcher de s'épancher facilement? C'est peut être un peu de tout cela à la fois. Quant à mon père, souvent privé de la présence de sa mère au cours de sa jeunesse, il a dû souvent l'attendre en embellissant son image, et cela n'a pu qu'être accentué par le fait de la perdre à dix huit ans. Ce qui compte c'est le souvenir que lui en a gardé et que je rapporte maintenant.
Ses souvenirs commencent très jeune. Il raconte de façon émouvante un voyage qu'il a fait de Reims à Paris pour voir sa mère quand il avait trois ans et demi. Accompagné par des amis, il a passé deux nuits dans le train pour l'aller et le retour. Il se souvient du déjeuner dans l'atelier d'Héléna au sous sol du magasin où travaille sa mère près de l'Opéra. Il mange sur un guéridon si petit que les assiettes suffisent à l'encombrer et qu'il doit garder son pain sur sa serviette entre les jambes. Il se souvient aussi que sa mère était venue le chercher chez la tante Pauline où les amis l'avait déposé, il se souvient que l'après midi sa mère l'avais conduit dans un jardin, il a supposé depuis que c'était aux Tuileries. Toutes ces images sont restées gravées dans sa mémoire.
Quand il est à Reims il voit sa mère aux fêtes du jour de l'an et à Pâques chez sa grand mère Dreyfus. D'autres fois elle s'arrangeait pour venir à Reims un jour ou deux. Ce sont pour lui des moments pénibles qui l'ont profondément marqué. Elle vient le voir en cachette accompagnée généralement de sa soeur Blanche. Cela se passe à l'école pendant les récréations avec la complicité de l'instituteur. Elle lui apporte des gâteaux et des bonbons, mais pas de cadeau durable en raison du secret qu'il faut garder, et lui n'a jamais trahi sa promesse de ne rien révéler. De ces moments mon père écrit "Mais quelle conversation avoir? Maman n'osait probablement pas m'interroger et, moi, que lui dire, sinon que je l'aimais. Et la demie heure écoulée c'était la séparation non sans larmes de part et d'autre". Il note quelque part qu'il a vécu cette époque comme un enfant de divorcé, et j'ajoute qu'il faut savoir tout ce que cela sous entendait à l'époque. Mais ailleurs il écrit "Parler d'enfance malheureuse serait inexact, je n'ai jamais manqué de rien. je ne doute pas qu'aussi bien mon père que Maman Michel m'aimaient, et aussi tante Elisa qui s'occupait de moi". Pourtant, vivant à Croissy avec nous, il écrit aussi: "...sans jalousie, je le jure, je pensais à la différence des soins et d'amour de mes enfants pour mes petits-enfants, comparé à ce que furent nos enfances celle de mon père, celle de ma mère et la mienne...". Mais dans tous ses écrits on sent à quel point sa mère a pu lui manquer. Plus tard il a su que pendant toute cette période elle avait sans cesse réclamé son fils, insistant sur le fait qu'elle pouvait subvenir à ses besoins aussi bien et mieux que son père à condition de garder la situation qu'elle s'était faite.
Quand sa mère revient à Reims, ses parents laissent cette fois Maman Michel et habitent un appartement à eux. Georges a dix ans et il se rend compte que sa mère s'occupe de lui comme d'une poupée. Fini les pantalons retaillés et le costume annuel! Maintenant c'est dimanche tous les jours pour son habillement, et rien n'était trop beau. Cela agaçait son père, qui pourtant ne pouvait rien dire car ces dépenses ne grevaient pas le budget du ménage.
Après les sept années de séparation pendant sa prime jeunesse, cette vie commune avec ses parents, et particulièrement sa mère, dure six ans. On arrive alors en 1893, Georges a seize ans et demi,et c'est lui cette fois qui quitte ses parents pour ses études à Paris.
Un an plus tard, en 1894, ses parents le rejoignent. Pour quelle raison? Je l'ignore, mais on peut supposer que sa mère n'avait accepté de rester à Reims que pour son fils et qu'avec son départ rien ne la retenait plus? Et peu de temps après c'est le décès de sa mère.
En 1965, mon père est avec nous à Croissy, il a quatre vingt huit ans quand il écrit:
"Hier soir, au cour du dîner, l'un de nous a dit, je ne sais à propos de quoi "C'est demain le premier novembre". Je ne sais quel réflexe s'est fait en moi, ma pensée fut que c'étais le 7O° anniversaire de la mort de ma mère. Toute la soirée ce souvenir et tant d'autres s'y rattachant n'ont cessé d'occuper mon esprit.
"Depuis quelques années, l'âge aidant, je ne puis lire après le coucher contrairement à jadis; et après quelques heures de sommeil, deux ou trois au maximum, je me réveille, mais de manière que les premières minutes il semble que le corps sommeille alors que l'esprit est éveillé. Et j'ai revécu ce 1° novembre 1895 de la rue Biot, ma grand mère et la cousine Elise Mendel arrivées par le train du matin...La veille mon père et moi avions sollicité le médecin traitant de faire l'impossible, il avait fait venir un médecin des hôpitaux qui avait confirmé son diagnostic et fait prévoir une fin prochaine, d'où le télégramme à Reims. Puis le réveil venu je suis resté sur ce souvenir....".
Pour Georges, ce 1° novembre 1895, une étape de sa vie se termine avec la mort de sa mère. Il a dix huit ans.


(1)Bullier: célèbre bal fréquenté par les étudiants. Il était situé place de l'Observatoire.

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