Pour la mémoire familiale

Famille Histoire Souvenirs & Commentaires

Wednesday, November 23, 2005

Chapitre XXII SA VIE PRIVE DE 1895 A 19O3

-Le manque d'éléments sur ce sujet.
Je rappelle qu'à partir de la mort de sa mère, papa n'a laissé aucun souvenir écrit concernant sa vie privée. Tout ce qui suit est donc rédigé à partir de souvenirs et de documents divers que j'ai pu situer dans la vie de mon père.
Cela n'a pas été facile, car je n'ai voulu retenir que ce qui m'a paru sérieux et cohérent, avec le souci de donner à mes fils une image aussi vrai que possible de la vie et de la personnalité de mon père. Quand on cherche dans ces conditions, ce n'est pas toujours évident.
-Les relations.
Quand il a raconté l'histoire de la famille Dreyfus à Remiremont, il a mentionné que son oncle Cerf, marié à Paris à une demoiselle Gradwohl, "..avait une belle-soeur Gradwohl, dont j'aurai à parler quand je relaterai mon arrivée à Paris. Madame Gradwohl passait ses vacances à Remiremont avec ses deux enfants, Roger et Germaine, jumeaux un peu plus jeunes que moi."
Et il continue: "Madame Gradwohl était une fine parisienne. Son mari courtier en grains avait une situation mondaine en vue.
"Ma mère à qui Paris manquait visiblement se lia dès notre premier voyage avec cette personne très avenante et très sympathique, et elle ne manquait jamais de lui rendre visite lors de ses voyages à Paris."
Ailleurs, racontant l'histoire de la famille Dreyfus, il a mentionné qu'une période de sa vie a été orientée par une de leurs alliées. Il ne la cite pas dans ce texte, et ajoute "je m'expliquerai le moment venu". Cette personne il paraît, de façon à peu près sûre, que ce soit cette même dame Gradwohl.
Monsieur Gradwohl en sa qualité de courtier en grains à la Bourse de Commerce de Paris, avait le même statut que les agents de change. Il était le représentant à Paris de cinq ou six confrères étrangers importants qu'il réunissait une fois par mois en de magnifiques réceptions. Il entretenait des rapports commerciaux importants, en particulier avec les allemands et les roumains.
Mon père, dès son arrivée à Paris a donc été reçu chez eux avec les fils des grands boursiers français et étrangers, et je peux penser qu'il rencontre là un certain nombre de personnes qui joueront un rôle dans ses activités futures. Il rencontre, c'est certain des personnalités du monde politique qui interviennent dans l'affaire Dreyfus. Il rencontre en particulier Bernard Lazare qui sera le premier à croire à l'innocence de Dreyfus.
Il est possible qu'il ait également rencontré Léon Bourgeois, ami d'Henriette Mendel et qui s'était beaucoup occupé des études du fils d'Henriette, Gustave Mendel, l'agrégé d'histoire dont j'ai déjà parlé. Léon Bourgeois a commencé comme sous préfet à Reims, puis est devenu Sénateur de la Marne avant d'être Ministre, Président du Sénat, représentant de la France à la Société des Nations et Prix Nobel de la Paix. Je le cite car il a été un des piliers du parti radical dans lequel mon père a eu beaucoup de relations.
Il retrouve Louis Cerf, son cousin, frère de Marie et neveu de Madame Gradwohl, et se lie d'amitié avec lui. Louis Cerf est son aîné de deux ans, et il est en troisième année d'HEC quand Georges arrive à Paris. A sa sortie de l'école il est nommé conseiller commercial à l'Ambassade de Buenos Aires et quand il revient à Paris il semble qu'il ait une situation importante.
Parmi les relations notables, mais qu'il a peut être connues par une autre voie, je peux citer Julien Benda, philosophe et romancier connu, chez qui il était reçu en famille chaque semaine. Il a ainsi connu leur fille, Madame Simone, romancière, dramaturge et actrice, qui a tenu un salon littéraire et fut une égérie de la III° République.
-Mon père, la politique et la franc-maçonnerie.
Quand il a raconté sa vie au lycée, mon père a mentionné combien il a été marqué dans ses convictions politiques par les cours de son professeur de lettres.
Il a écrit, qu'étant plus tard à Paris, il s'est occupé de "L'Université populaire du Faubourg Saint Antoine". J'ignore à quel titre. Ma soeur Irène raconte à ce sujet. "...Foix et Paquin (fondés de pouvoir d'agents de change) et Emile Strauss avocat des Rotschild étaient les parrains et les mécènes de l'université". Je n'ai pas d'autre précision.
Le Professeur Debré, de la même génération que mon père, écrit dans ses mémoires "L'honneur de vivre", qu'il s'est occupé de "L'Emancipatrice", université populaire du XV° arrondissement. Et il précise à ce sujet: "Les universitaires dreyfusards créèrent alors les universités populaires. On parlait beaucoup de l'union des travailleurs intellectuels et des travailleurs manuels.....Nous participions avec nos modestes moyens à ces rencontres de bonne volonté où des enseignants généreux offraient à un auditoire avide de connaissances une pâture intellectuelle d'une grande variété...."
Mon père a aussi écrit qu'il s'était occupé des "Jeunesses Républicaines", émanation du parti radical. Je l'ai souvent entendu parler du parti radical, auquel il est resté fidèle dans ses convictions jusqu'à sa mort, étant toutefois précisé que le parti, comme lui-même, avait bien évolué au cours des décennies suivantes. Je peux donc supposer, mais ce n'est qu'une supposition, que mon père a été inscrit à ce parti quand il était étudiant, mais je n'ai pas l'impression que cela ait pu durer plus de quelques années.
Cela devait se situer en liaison avec l'action qu'il a mené au cours de l'affaire Dreyfus, dont je parlerai plus loin.
En ce qui concerne la franc-maçonnerie mon père en parlait fort peu. A l'époque où j'étais en âge de comprendre, il semble bien que c'était quelque chose qui était complètement sorti de ses préoccupations. J'ajoute que chez nous ce sujet n'était pas tabou. je savais que mon père avait été franc-maçon, comme je savait qu'il y en avait eu dans la famille protestante de ma mère. Le seul souvenir précis que j'ai à ce sujet, c'est quand il m'a dit avoir rompu au début des années vingts en raison de l'arrivée des communistes.
Je n'ai trouvé aucun écrit de sa main à ce sujet. Ce que dont je dispose, ce sont quelques reçus de cotisations et divers papiers en vrac dans ses dossiers. Le dernier reçu de cotisation de la loge des "Amis du Progrès" daté de 1923. Il est possible que les premiers contacts aient lieu au moment de l'Affaire, mais c'est une simple supposition.
Il apparait qu'il est rattaché au Grand Orient, rue Cadet. Le document le plus ancien est un annuaire des "Amis des Allobroges" de 19O3, dans lequel il figure en qualité de dentiste rue de Rivoli. Il y a aussi un diplôme, genre parchemin, présentation pompeuse, avec sceau, cachet et multiples signatures, attestant qu'il a été reçu au grade de Rose Croix la 9 janvier 19O8. En 1911, un autre annuaire, cette fois au nom de la loge des "Amis du Progrès", où il figure dans le "Tableau des Officiers pour 1911" avec la mention "Ord..."(?). J'ai trouvé aussi une lettre manuscrite, signée de la main du Grand Chancelier du Grand Orient, datée du 30 avril 1922, où il est question du "dossier de votre demande d'élévation au 31° degré". Pourtant il ne devait pas être assidu, car à deux reprises au moins, avant la guerre 14-18 comme après, on a dû lui faire des rappels de cotisations sur plusieurs années.

Je n'ai rien d'autre sur ce sujet, et comme je suis tout à fait ignorant de ces choses, je n'en tire rien.

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