Pour la mémoire familiale

Famille Histoire Souvenirs & Commentaires

Wednesday, November 23, 2005

ANNEXE I NOTES ET REFLEXIONS A LA SUITE DE MES LECTURES

AVERTISSEMENT
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J'ai réuni dans les pages qui suivent quelques notes et réflexions que j'ai à l'esprit après mes lectures, mais qui n'avaient pas leur place directement dans les chapitres sur l'histoire et la famille.
Les sujets que j'aborde peuvent paraître ambitieux. D'autre plus qualifiés en ont certainement traité de façon plus savante. Pour moi, simplement, m'étant passionné pour cette étude, j'ai eu envie de mettre noir sur blanc un certain nombre de faits, d'avis, de citations qui m'ont intéressé et quelquefois étonné, que j'ai découvert comme un aventurier qui arrive dans un pays inexploré. Suivant le cas je rapporte ce que j'ai appris en me contentant de constater. D'autres fois j'ajoute mes réactions personnelles.
Tout cela sans autre ambition que de partager avec mes enfants ce qui a particulièrement retenu mon attention au cours de mes recherches. Et en pensant que cela, au moins en partie, vous intéressera peut être.




Réflexion sur les rapports entre l'Eglise et les Juifs
Contradictions et ambiguïtés
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Dans ma recherche pour essayer de cerner l'histoire des rapports entre les juifs et les chrétiens, je me suis trouvé quelquefois devant des attitudes de l'Eglise qui m'ont parues surprenantes et contradictoires. Je voudrais essayer de m'en expliquer.
Quand j'ai évoqué ma jeunesse j'ai mentionné qu'il n'y avait pas, en France, plus de problèmes entre chrétiens et juifs français qu'il n'y en avait entre les autres catégories de la population. Quand j'ai rappelé la période de la guerre 4O/45, j'ai souligné que bon nombre de chrétiens avaient fait l'impossible pour sauver des juifs, et les attitudes antisémites dans la population avaient été rares. Je l'ai écrit parce c'est la vérité d'une époque que j'ai vécue.
Je me sens d'autant plus libre pour exposer ce que j'ai découvert ensuite au cours de mes recherches: la virulence de l'enseignement antijuif dans l'Eglise.
J'ai exposé au Chapitre V comment, d'après mes lectures, s'est mis en place l'antijudaïsme chrétien, et comment on est arrivé au dogme du peuple déicide, de la malédiction divine prouvée par la Diaspora du II° siècle, et du châtiment que devront supporter les juifs de génération en génération.
Et cela va être dit, redit et enseigné pendant des siècles et des siècles. Je ne veux pas multiplier les exemples aux différentes époques, mais je veux quand même faire une citation importante à mes yeux.
Au XVII° siècle, Pascal, parce qu'il admire les juifs pour leur sincérité, leur sens de l'honneur, leur capacité de mourir pour leur foi, est profondément troublé par l'enseignement de l'Eglise, et il écrit: "C'est une chose étonnante et digne d'une étrange admiration de voir ce peuple juif subsister depuis tant d'années, et de le voir toujours misérable: étant nécessaire pour la preuve de Jésus-Christ et qu'il subsiste pour le prouver, et qu'il soit misérable, puisqu'ils l'ont crucifié; et qu'il soit contraire d'être misérable et de subsister néanmoins, malgré sa misère." (Cité par Poliakov dans son "Histoire de l'antisémitisme").
Mais je passe à l'histoire récente. De 195O à 1952, un groupe de catholiques, sous la conduite du R.P.Démann, a entrepris une laborieuse étude à travers de plus de deux mille livres d'enseignement catholique de langue française, pour cerner les textes relatifs aux juifs. Le résultat de ce travail a été publié sous le titre "La catéchèse chrétienne et le peuple de la Bible" avec une préface de Monseigneur Saliège (Celui dont mon père avait souligné l'attitude courageuse pour défendre les juifs pendant la guerre). Jules Isaac écrit: "le résultat dépasse les plus sombres prévisions". Je ne donne pas de citation, ce qui suit, va permettre d'apprécier où l'on peut arriver.
En 1946 a paru un livre "Jésus en son temps" de Daniel Rops qui a connu un immense succès et fait l'objet de multiples rééditions. C'est un livre qui a fait date. Tous ceux de ma génération en ont entendu parler, même moi, malgré mon absence d'intérêt pour ce sujet. Au lendemain du génocide nazi, il se permet de justifier tous les malheurs des juifs et même les camps de la mort par la malédiction divine. Il faut lire ce texte qui pour moi dépasse ce que je pouvais imaginer, surtout à l'époque où se situe sa parution. Plutôt que ma prose, je préfère donner, à la fin de cet exposé, la photocopie des pages du livre de Jules Isaac "L'enseignement du mépris", dans lesquelles figurent des extraits du livre de Daniel Rops et des extraits de la lettre d'Isaac à l'auteur. Je vous invite à lire ces pages attentivement, autant les citations du livre de Daniel Rops que l'émouvante réponse de Jules Isaac.
Après cela on comprend que beaucoup d'auteurs, pourtant très respectueux de la foi catholique, en arrivent à écrire que, sans faire porter à l'Eglise le poids du génocide, on ne peut nier que l'antisémitisme nazi soit une conséquence de l'antijudaïsme de l'Eglise répété sans cesse depuis le début de l'ère chrétienne.
Parmi ces auteurs, Jules Isaac, qui a perdu à Auschwitz sa femme, sa fille, son fils cadet et son gendre. Pour lui un vrai chrétien ne peut être antisémite. Et, avec un certain nombre de chrétiens, il se lance avec opiniâtreté dans une lutte pour la modification de l'enseignement de l'Eglise. C'est sur son initiative que se réunit, en 1947, à Seelisberg, en Suisse, une Conférence avec 7O participants, juifs, catholiques, protestants et orthodoxes, venant de 19 pays. Cette Assemblée a voté un "Appel aux Eglises Chrétiennes", connu sous le nom des "Dix Points de Seelisberg", texte qui fut approuvé par les autorités chrétiennes. Puis la même année il participe à la création des "Amitiés judéo-chrétiennes".
Plus tard il y a eu le concile de Vatican II qui a retiré du dogme la notion du juif déicide. Mais à ce propos je ne peux m'empêcher de constater que, moins de vingt ans après le génocide nazi, la discussion sur ce sujet, commencée en 1962 a été reportée plusieurs fois en raison de la forte opposition d'une part non négligeable de la hiérarchie, et qu'il a fallu attendre 1965 pour parvenir à la déclaration conciliaire "Nostra Aetate".
Je n'ai pas d'avis sur la situation actuelle. J'ai fait une recherche dans l'histoire, même récente. Je n'ai pas eu l'ambition de faire le point de l'actualité. Je me contente de citer ce qu'écrivait le rabbin Eisenberg en 1988 dans "Le Judaïsme": "L'Eglise a officiellement disculpé les juifs du crime de déicide; elle a proclamé la reconnaissance de la légitimité de la foi juive; elle a recommandé d'en étudier les sources communes aux juifs et aux chrétiens. Certes, ce mouvement n'est pas toujours linéaire et rencontre encore préjugés et obstacles. Des contentieux subsistent, telle la reconnaissance de l'Etat d'Israël par le Vatican ou la récente affaire de l'installation d'un Carmel à Auschwitz. Il n'en reste pas moins qu'un climat d'échange, de dialogue et d'estime mutuelle s'est établi, qui contraste singulièrement avec ce que Jules Isaac avait si justement appelé "deux mille ans d'enseignement du mépris". Ainsi le judaïsme aura vu successivement la plus terrible catastrophe qu'ait jamais pu subir le judaïsme et sa renaissance puis sa reconnaissance. Si le grain ne meurt...".

Je suis resté confondu en découvrant la violence des positions de l'Eglise, et la façon dont cela a pu être entretenu pendant des siècles, malgré la contradiction avec la morale chrétienne qui enseigne essentiellement la charité, l'amour du prochain et la miséricorde, cette miséricorde que la Larousse définit comme étant la "pitié qui pousse à pardonner au coupable". Car c'est surtout cela que j'ai retenu des catholiques que j'ai rencontrés, d'abord votre mère, ses parents, des amitiés très proches, et aussi beaucoup d'autres pour qui j'ai éprouvé amitié, respect et estime.

Quand on découvre cela, comme je l'ai fait, on ne s'étonne plus de tout ce dont ont pu souffrir les juifs dans la chrétienté.
Cela explique probablement la difficulté de la Révolution pour proclamer l'égalité des juifs, et encore avec des restrictions comme nous l'avons vu. Il me paraît évident que les plus durs révolutionnaires n'avaient pas échappé à cette intoxication.
On comprends aussi qu'il ait fallu des décennies après le Révolution pour arriver progressivement à la situation de tolérance constatée à partir du second empire.

Mais le problème n'est pas aussi simple, et mes lectures m'ont réservé bien des surprises.

Lorsque les princes ont chassé les juifs successivement de tous les pays d'Europe occidentale, à l'exception de l'Espagne, cela s'est fait sans violence. A la même époque, les papes n'ont pas chassé les juifs de leurs états, et ils avaient même accordé aux enfants d'Israël résidant à Rome un "imprescriptible droit de cité".
Contrairement à ce que je croyais savoir, l'Inquisition ne s'est pas attaqué aux juifs qui affichaient leur fidélité au judaïsme.
Tout cela alors que les princes catholiques et les papes n'hésitaient pas à exterminer les cathares, les protestants, et même les musulmans qu'ils poursuivaient jusqu'en terre sainte.
Quand il y a eu, récemment, la profanation des tombes juives de Carpentras, Monseigneur Lustiger, interrogé par Anne Sinclair le dimanche 12 mai 199O, a déclaré qu'à plusieurs reprises depuis le XI° siècle, les papes ont condamné de telles profanations. C'est tout à fait exact. Les mêmes papes ont aussi condamné les massacres de juifs par la population et les croisés. Mais leur attitude est restée ambiguë puisqu'ils n'ont modifié ni le dogme ni l'enseignement qui étaient à l'origine de tels excès.
Tout cela trouve sa justification dans la nécessité du "peuple témoin de la malédiction divine", car si on n'exterminait pas les juifs on n'hésitait pas à les avilir aussi bas que possible pour prouver qu'ils subissaient le châtiment de leur crime..
Il me semble que si, dans les premiers siècles du christianisme, la notion du peuple témoin constituait une solution pour asseoir le pouvoir de l'Eglise et déconsidérer les juifs à une époque où ceux-ci bénéficiaient encore de la situation de supériorité morale acquise dans l'empire romain, il n'en était plus de même quelques siècles plus tard. Les juifs alors très amoindris ne représentaient plus un obstacle sérieux. Par contre les papes ont dû trouver qu'il était bien utile de conserver sous la main une communauté sur laquelle on pouvait rejeter les responsabilités quand les choses allaient mal, et qui servait d'éxutoire aux fureurs populaires.

Pourtant il y avait les juifs que l'on a conservés, et même choyés, au sein de la chrétienté. J'ai cité le cas du médecin juif de la Cagliari et de la Régente à la cour de France malgré les arrêtés d'expulsion de tous les juifs du royaume de France.
Mais j'ai été plus étonné encore en découvrant ensuite le livre de Léon Poliakov "Les banquiers juifs et le Saint Siège du XIII° au XVII° siècle". J'ai appris là en effet que pendant des siècles il y a eu de façon permanente des médecins juifs à la cour pontificale, et que les papes se confiaient à leurs soins. Et l'un de ces papes, Martin V au XV° siècle, faisait appel aux services d'un médecin juif comme ambassadeur.
J'ai appris également par ce livre qu'en 16OO, à une époque où les juifs étaient chassés de tous les pays occidentaux, les registres, établis sous le pape Sixte-Quint, mentionnent l'existence de 279 banques juives établies dans 131 localités d'Italie, qui fonctionnaient avec l'autorisation pontificale. Et on a découvert l'existence d'autres banques auxquelles on accordait l'absolution en cas de besoin. Bien entendu de lourdes taxations existaient en contre partie de cette protection.

Mais tous les gestes favorables aux juifs ne s'expliquent pas par la nécessité du peuple témoin ou l'utilité de leurs médecins et de leurs banquiers. Ainsi quand les évêques de Worms, Spire et Mayence accordent leur protection aux juifs contre les croisés, je pense que cela relève de la charité chrétienne au sens noble du terme.

Et puis il y a, dans les rapports entre juifs et chrétiens, d'autres constatations qui ne relèvent ni du peuple témoin, ni des professions utiles, ni de la charité chrétienne. Voici quelques exemples.
J'ai déjà rapporté l'attrait qu'exerçaient les érudits juifs sur un grand nombre de religieux chrétiens au cours du premier millénaire. J'ai parlé de ces étonnantes réunions de "disputationes" où juifs et chrétiens discutaient très officiellement et de façon approfondie de leurs dogmes respectifs. Ces "disputationes" se sont poursuivies pendant toute l'époque médiévale jusqu'à l'expulsion des juifs de France. Mais il y a mieux. Dans son livre déjà mentionné, Poliakov fait état de la faveur dont bénéficiaient beaucoup d'érudits juifs à la cour pontificale, en précisant que, "pour l'essentiel, il s'agissait d'affinités entre des hommes dont la formation, les lectures, le niveau intellectuel et même certaines préoccupations n'étaient pas tellement différentes.". Et là il faut remarquer la situation dans les deux sens: les papes acceptaient des juifs dans leur entourage, mais ces juifs érudits, qui vivaient là certainement sans y être contraints, devaient tout de même être informés de ce qui se passait dans le monde chrétien.
J'ai lu l'une des versions du "Juif Errant", sous forme d'une complainte publiée à Bordeaux en 16O9, et cela a été un autre sujet d'étonnement. Ce juif errant, Isaac Lequedem, maudit par Jésus parce qu'il lui a refusé, sur le Chemin de Croix, de s'asseoir sur le banc de sa maison, est condamné à marcher jusqu'au jugement dernier. Et cela bien qu'il se soit aussitôt repenti. Il marche depuis plusieurs siècles quand la légende commence. Tout cela se situe parfaitement dans le thème de la malédiction qui pèse sur les juifs. Dans cette légende , dont l'origine semble remonter au XII° ou XIII° siècle, ce juif devrait donc être un affreux bonhomme, les gens pourraient l'insulter. Non, au contraire c'est un visage de vieillard sympathique qui est dépeint, et tout le monde l'accueille avec amabilité et respect. Je n'ai peut être pas compris le message, mais j'ai été pour le moins étonné par ce texte plein de respect pour un juif maudit.
Je savais qu'autrefois la conversion d'un juif, à condition qu'elle fut sincère, faisait de lui un membre égal et à part entière de la collectivité. Mais j'ai été étonné d'apprendre que, dans le Duché de Lithuanie, un juif converti devenait automatiquement noble, en raison de sa parenté avec la mère de Dieu.(Bernard Lewis dans "Sémites et Antisémites".
Quand je suis allé à Reims, en 1989, avec votre mère, nous avons visité la cathédrale. Mon attention a été attirée par deux statues encadrant le vitrail sur la façade du transept, et occupant ainsi une position de choix. Ces statues, de 3,15 mètres de hauteur, datant de 123O-124O, représentent l'une l'Eglise, l'autre la Synagogue. Elles sont toutes deux symbolisées par des femmes très belles, habillées de grandes robes plissées avec ceintures. La documentation précise que l'Eglise porte d'une main un calice, de l'autre la bannière de la Rédemption, et sur la tête une couronne. La Synagogue tient les Tables de la Loi, son étendard est brisé, elle a les yeux bandés et sa couronne est renversée sur le côté de la chevelure.
A Strasbourg, deux belles statues du portail sud de la cathédrale présentent la même symbolique. Je ne les ai pas vues, mais un auteur écrit à leur sujet: "..plus d'un chrétien a été frappé par la beauté fascinante de la Synagogue, de cette femme, si étonnamment jeune, que le bandeau sur ses yeux empêche de voir, et qui, à coup sûr, n'a rien entendu et n'entend rien, poursuivant quelque rêve intérieur dont le silence saisit plus fortement que le regard éloquent de l'Ecclesia".
En voyant cela, je pense que la Synagogue devait tenir une place importante dans l'esprit (et le coeur?) des chrétiens de l'époque pour qu'on la représente en pendant de l'Eglise, avec la même dimension et bien en évidence. Même si elle a les yeux bandés et la couronne qui lui tombe de la tête, il fallait bien qu'on la considère avec beaucoup de respect pour qu'on choisisse de la représenter sous la forme d'une femme aussi belle et aussi bien habillée que l'Eglise. Je rapproche ces remarques de celle que j'ai faite à propos du juif errant, et cela me surprend quand je pense au mépris dans lequel on tenait les juifs à cette époque, et quand je considère le nombre infime de juifs qui habitaient alors la France.



Juifs et chrétiens, chrétiens et juifs. Virulence, contradictions et ambiguïtés. Amour, amour déçu, jalousie, frères ennemis......? Que penser après tout ce que j'ai lu?


Jules Isaac - 1° page



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Jules Isaac 2° page



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Racisme et antisémitisme.
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Dans ma jeunesse, pour moi, comme pour le commun des mortels, il y avait la race blanche, la race noire, la race jaune et les peaux rouges. Quand on voulait aller plus loin, on parlait du type méditerranéen, du type nordique, du type juif, etc. Je ne me souviens pas avoir entendu parler de race juive, ou bien cela n'a pas retenu mon attention.
La plongée que je viens de faire dans l'histoire m'a appris le succès qu'ont eu au XIX° siècle les considérations toutes nouvelles sur les races. Avant la guerre de 194O, au moins en France, il semble que ce n'était plus à l'ordre du jour. Et quand une très petite minorité mentionnait l'antisémitisme dans Gringoire ou dans l'Action Française, pour moi qui ne cherchais pas à en savoir plus, cela relevait plus de l'antagonisme religieux que d'autre chose, avec un mélange de xénophobie qui s'appliquait à tous les étrangers.
La guerre est arrivée, et, avec les nazis aidés de Vichy, j'ai entendu parler des aryens et par opposition de la race juive. Si je ressentais douloureusement les conclusions qu'en tiraient les nazis et leurs alliés, par contre je n'avais aucune opinion et je ne pensais pas à me poser de question sur la valeur scientifique de cette notion de race.
Dans son livre "Le regard éloigné", Lévi-Strauss reprend un exposé qu'il avait fait, plusieurs années avant, devant l'Unesco, dans lequel il montre qu'au regard de l'ethnologie comme de la biologie, la notion de race est sans fondement. Je n'ai pas l'intention de développer ici ses arguments qui, je crois, ne sont plus discutés.
Pour le Rabbin Eisenberg, c'est tellement évident qu'il écrit, sans autre explication: "Il n'y a pas de race sémite, concept pseudo-scientifique forgé au XIX° siècle et dont on connaît les funestes applications".
Mais s'agissant ici des juifs, à propos desquels il y a tellement de préjugés et si bien ancrés, je voudrais aller plus loin. Ma recherche pour comprendre l'histoire de la famille, m'a convaincu que s'il est des gens pour lesquels il est particulièrement injustifié de parler de race, ce sont bien les juifs. Voici quelques exemples pour expliquer mon point de vue.

D'abord en partant de la Bible et de l'histoire sainte que reconnaissent les chrétiens.
Au début de l'histoire des juifs, il y a Abraham. Quand je regarde le "Quid", je lis qu'il est né à Ur et d'origine syrienne. Son fils, Jacob, eu lui-même douze fils qui sont les ancêtres des douze tribus d'Israel, or quatre de ces fils étaient les enfants de deux esclaves, qui elles mêmes ne devaient pas être juives de naissance. Ailleurs je lis que les Patriarches abritaient sous leurs tentes des concubines païennes qui engendraient une nombreuse progéniture.
Max I. Dimont dans "Les Juifs Dieu et l'Histoire" étudie l'histoire des juifs en commençant 2OOO ans avant Jésus Christ. Cet auteur qui semble avoir lu la Bible de façon détaillée, mentionne que dans cette Bible on ne parle que des hébreux jusqu'à l'entrée en Egypte sous la conduite de Joseph, tandis qu'au retour sous la conduite de Moïse, et dans les textes suivants on ne parle plus que des israélites. Et il pose la question, est-ce le même peuple? Par contre, ceux qui sont restés en Canaan sont toujours appelés les hébreux.
Moïse, selon Freud, cité par Max I. Dimont et le rabbin Eisenberg, pourrait être égyptien.
Le grand roi Salomon a épousé la fille du Pharaon. Il a eu, en plus, sept cents femmes princesses et trois cents concubines qui étaient d'origine moabites, ammonites, édonnites, sidonniennes, hittites, etc.
Quand on me dit que les juifs ne reconnaissent comme juifs que ceux issus d'une mère juive, il me semble qu'il devrait y avoir un problème...

Ensuite, sortant de la Bible pour entrer dans l'histoire, nous avons vu, au chapitre V, qu'à la naissance du Christ plus du tiers de la population juive était constituée de convertis. Avant l'ère chrétienne, à une époque où les juifs pratiquaient un prosélytisme très actif, les croisements avec d'autres peuples et les conversions au judaïsme font partie de la vie courante.
Et cela continue, puisque pendant les premiers siècles de l'ère chrétienne les juifs font du prosélytisme et que pendant tout le premier millénaire ils vivent intimement mêlés à la population. Au point que les conciles doivent prendre et réitérer des mesures contre les mariages mixtes. Il faut aussi se souvenir, qu'avant comme après J.C. ils convertissent leurs esclaves, et comme ils sont les seuls à cette époque à les libérer au bout de sept ans, ils n'en manquent pas.
Par contre, pendant les siècles qui vont suivre, mais qui ne représentent qu'une partie très limitée de leur histoire, ils vont, au moins dans une bonne partie de l'Europe, vivre repliés sur leurs communautés à l'intérieur des ghettos. Mais cela ne concerne pas ceux qui vivent en terre d'Islam. De toute façon, ce repliement n'efface pas le passé.
Mais si mon exposé retient dans ce qui précède, tous ceux qui d'origine diverses sont venus au judaïsme, il ne faut pas non plus oublier tous les juifs qui tout au long de leur histoire se sont fondus dans les populations environnantes. Le mélange se fait dans les deux sens. On peut citer les douze tribus d'Israel disparues sans laisser de trace, mais c'est un phénomène permanent.
Edgar Morin écrit dans "Vidal et les siens": "On dit qu'il est encore aujourd'hui en Espagne des familles très catholiques où le père, avant de mourir, transmet à son aîné le secret de l'identité juive. Il est encore des familles espagnoles où l'on refuse le porc par répugnance".
Et, pour résumer cette situation, je cite le livre de Roger Peyrefitte "Les Juifs", où, avec son érudition et sa facétie habituelle, l'auteur ridiculise l'antisémitisme en parlant des "juifs inconnus", personnages célèbres dont le patronyme chrétien dissimule mal l'origine juive, mais aussi ceux dont le nom juif fait oublier l'origine chrétienne.
Après tout cela, il me paraît difficile de penser que tous les juifs sont les descendants d'Abraham et de Moïse, qui eux-mêmes n'étaient peut être pas nés juifs.....

Ce que l'on peut constater aujourd'hui confirme ce que l'on pourrait conclure de ces considérations sur la Bible et l'histoire.
Quand je suis arrivé au Maroc pendant la guerre, j'ai pu voir que les juifs que je rencontrais, et qui vivaient là, différaient physiquement de l'image que l'on avait des juifs en France. Depuis j'ai pu voir à la télévision les falashas qui sont noirs, et, dans le Nouvel Observateur de juillet 1988, la photographie de Mr. Cheu, juif chinois, qui ne diffère en rien des chinois qui l'entourent. Le Professeur Robert Debré, dans ses mémoires mentionne "les juifs d'Algérie, ces berbères judaïsés il y a plusieurs siècles", ce que confirme Jules Isaac. Raymond Aron, sur le même sujet, écrit: "...il suffit d'avoir été en Israël pour constater que les juifs venus d'Irak ressemblent plus aux irakiens qu'aux juifs venus de Russie ou de France. J'ai rencontré à Bersheba un groupe de juifs venant de l'Inde, indiscernables d'Indiens bouddhistes. Nul ne les aurait confondus avec les vieux croyants à papillotes des villages polonais, ou avec les rudes gaillards -cuisses larges, cheveux blonds et yeux bleus- que j'avais vu dans les kibboutzim des frontières conduire leur tracteur ou manier la mitraillette".

A ces considérations sur la Bible, l'histoire et l'aspect physique, on peut ajouter les différences dans les patronymes en fonction des pays d'origine: par exemple Dreyfus ou Schwarzenberg pour les juifs de l'est de la France, Benayoum ou Bensoussan pour ceux d'Algérie, tandis que les descendants des marranes se nomment Péreire ou Furstado, et que j'ai pu citer Monsieur Cheu, juif chinois.


Tout cela conduit Raymond Aron à écrire: "Et je crois, pour mon compte que la boutade de Léon Poliakov, si surprenante qu'elle puisse paraître à d'aucun, n'est pas fausse. La formule légendaire "nos ancêtres les Gaulois" a autant de chances de s'appliquer aux jeunes juifs français qu'à leurs camarades chrétiens. L'ascendance de ces juifs est européenne, non sémite".


Pourtant quand j'écris cela, je sais que c'est seulement une vue de l'esprit pour ceux qui veulent que l'antisémitisme, cette forme plus ciblée du racisme, reste une réalité, même contre toute évidence. Dans la période actuelle, c'est, comme l'écrivait Théo Klein dans un article récent, "un moyen de mobiliser des foules d'angoissés, soumises à des difficultés de vivre, dont elles ont du mal à discerner les causes, et dont elles refusent de porter leur part de responsabilité". C'est le thème si facile du bouc émissaire après des siècles de conditionnement des esprits.


Lévi-Strauss, lui, parlant des problèmes de racisme, est beaucoup plus inquiétant. Dans "Le Regard éloigné" il reprend au chapitre 1° une conférence qu'il a faite à l'Unesco en 1971. Après un certain nombre de considération sur l'évolution des sociétés, et en conclusion de ce Chapitre intitulé "Race et Culture", il écrit: "...ils (les ethnologue et les biologistes) savent que le retour au passé est impossible, certes, mais aussi que la voie où les hommes sont présentement engagés accumulent des tensions telles que les haines raciales offrent une bien pauvre image du régime d'intolérance exacerbée qui risque de s'instaurer demain, sans même que les différences ethniques doivent lui servir de prétexte." Je ne commente pas, je n'ai pas d'avis. Je constate seulement qu'il tenait ce discours en 1971, et je regarde l'état du monde en 1993.




Juifs ou Israélites
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Avant d'aborder l'histoire de la famille, j'avais entendu l'argumentation selon laquelle les bourgeois juifs aisés avaient voulu être israélites et non plus juifs. Une façon, en fait, de présenter le thème du juif honteux. J'ai lu ou entendu cela alors sans m'y arrêter. C'était tellement loin de mes soucis.
L'un des auteurs que j'ai consulté pour ma recherche, Dominique Schnapper, reprend cette présentation dans son livre "Juifs et Israélites" quand elle écrit: "Le terme d'israélite fut forgé au cours du XIX° siècle et jusqu'à la deuxième guerre mondiale par les juifs embourgeoisés qui tenaient à manifester leur complète assimilation aux autres français et à marquer ce qui les différenciait, culturellement et socialement, des juifs pauvres, récemment arrivés en fuyant les persécutions de l'Europe centrale et orientale.", et plus loin: "...le terme positif avant la guerre, d'israélite, est aujourd'hui renvoyé, sinon comme un terme insultant, du moins péjoratif.".
Après m'être penché sérieusement sur cette période de l'histoire, je peux dire ce que je pense de cette présentation.
On peut comprendre que, dans l'époque actuelle avec le retour à un judaïsme militant, certains regrettent que dans leur très grande majorité les descendants des juifs présents en Alsace-Lorraine avant la Révolution, et, avant eux, les sépharades du sud-ouest, aient choisi la voie de l'assimilation au point d'être plus français que juifs, et même simplement français.
Ce choix est celui de plusieurs générations de la famille dont je suis issu, et je ne vois pas pourquoi on pourrait en rougir. Mais mon soucis n'est pas d'engager ici ce genre de discussion. Ce que je veux dire, c'est que si l'on veut critiquer ce choix de l'assimilation, il ne faut pas le faire avec cette argumentation sur le terme "israélite", car c'est faux au regard de la réalité de l'histoire, dans la forme comme dans le fond.
Dans la forme parce que les juifs incriminés n'ont pas choisi ce terme à la fin du siècle dernier comme on le raconte souvent. Ainsi que je l'ai montré au chapitre XI, et en expliquant les raisons que je ne vais pas répéter ici, ce choix a été fait au lendemain de la Révolution par toutes les communautés juives de France de l'est comme du sud, sans distinction de classe sociale, par les askénases que l'on dirait maintenant intégristes, comme par les sépharades les plus libéraux, et cela à une époque où l'attachement aux communautés et au judaïsme était très fort. Je rappelle que dès 18O6, l'Assemblée de "Rabbins, notables et autres juifs", convoquées par Napoléon, s'est elle même intitulée "Assemblée des députés Israélites". et qu'ensuite ce terme fut employé, par les juifs eux-mêmes, pour tout ce qui concernait les juifs.
Les bourgeois du XVI° n'ont été pour rien dans ce choix, pour la bonne raison qu'il a encore fallu plusieurs décennies avant que le juifs puissent franchir les échelons sociaux pour en arriver là.
L'argumentation est aussi erronée dans le fond, car les juifs n'ont pas eu à vouloir se désolidariser des juifs étrangers. Si le résultat a été le même, il a été la conséquence d'une assimilation voulue depuis le début du siècle (1), avant que se pose le problème de l'arrivée massive des juifs étrangers qui a commencé à la fin du XIX° siècle. Après quelques générations, les descendants de ces juifs du début du siècle étaient devenus plus français que juifs, et un juif étranger était devenu pour eux un étranger comme les autres. Ces juifs, comme mon grand-père et mon père, lors des guerre de 187O et de 1914 n'avaient pas plus le sentiment d'un combat fratricide contre les allemands juifs que contre les allemands protestants ou catholiques. La situation que l'on veut dénoncer est donc bien réelle, mais elle est la conséquence d'une évolution comme il y en a un certain nombre dans l'histoire, mais pas du tout le résultat d'une volonté soudaine et méprisante qui aurait germé dans l'esprit de quelques bourgeois favorisés.

Quant à l'accusation de juif honteux que sous-entendent ces arguments, je crois utile d'en dire un mot. Me référant à mon père, je peux dire sans hésitation que s'il en était arrivé à penser qu'être né juif n'avait pas la moindre importance, il serait tout a fait faux de penser qu'il pouvait en avoir honte. Je me souviens de ce qu'il disait, et j'ai ses écrits.
Sur ce sujet je veux donner l'exemple d'une attitude purement gratuite. Henri Bergson, à la fin de sa vie, était arrivé à la foi catholique. Pourtant, ne voulant pas renier ses origines, il ne s'est pas converti et a voulu porter l'étoile jaune. Cela ne l'a pas empêché, fidèle à ses convictions, de demander dans son testament que son corps soit béni, avant la sépulture, par un prêtre nommé par l'Archevêque de Paris.
Je veux aussi mentionner que ces juifs assimilés, ont eu le courage, même sous la menace de l'antisémitisme nazi, d'assumer cette assimilation qu'ils ne voulaient pas remettre en question.
C'est Maître Pierre Masse, avocat à Paris, qui a écrit au maréchal Pétain:
"Monsieur le maréchal. J'ai lu le décret qui déclare que les Israélites ne peuvent plus être officiers, même ceux d'ascendance strictement française.
"Je vous serais obligé de me faire dire si je dois aller faire retirer les galons de mon frère, sous-lieutenant au 56éme régiment d'infanterie, tué à Douaumont en avril 1916, à mon gendre, sous-lieutenant au 14éme régiment de dragons portés, tué en Belgique en mai 194O, à mon neveu Jean-Pierre Masse, lieutenant au 23éme colonial, tué à Rethel en mai 194O.
"Puis-je laisser à mon frère la médaille militaire gagnée à Neuville-Saint-Waast, avec laquelle je l'ai enseveli? Mon fils Jacques, sous lieutenant au 62éme bataillon de chasseurs alpins, blessé à Soupir en Juin 194O, peut-il conserver son galon?
"Suis-je enfin assuré qu'on ne retirera pas rétrospectivement la médaille de Sainte-Héléne à mon arrière-grand-père? Je tiens à me conformer aux lois de mon pays, même quand elles sont dictées par l'envahisseur".
L'auteur a payé le prix de son courage: il est mort en déportation.
Mon père cite cette lettre qui a été lue à la radio de la France-Libre à Londres. Roger Peyrefitte, comme plusieurs autres, la cite également dans "Les Juifs", et la qualifie de "lettre la plus cinglante qu'un français eût écrite au maréchal Pétain". Et il ajoute: "Ce fier langage aurait pu être celui de beaucoup de français d'origine juive. Une de leurs délégations, composée uniquement de colonels et de généraux, ne fut même pas reçue par le maréchal. L'un d'eux, le général Weiler, arrêté par la Gestapo, parti pour Fresnes, en arborant la croix de guerre qu'il avait fait confectionner pour sa visite au maréchal: le ruban était long de quatre-vingts centimètre, avec les insignes de ses vingt-sept citations".
C'est aussi Renée Lévy, enseignante, membre du réseau de résistance du Musée de l'Homme, et après démantèlement de celui-ci, membre du réseau Hector. Arrêtée, transférée de prison en prison, elle fut exécutée en 1943 en affirmant "Je suis française et j'ai bien fait de servir mon pays".
C'est également Léo Hamon, vice président du Comité Parisien de Libération, qui a résisté au milieu d'autres français, qui écrit: "Je suis, pour ma part, un Français juif qui a résisté au milieu d'autres Français; je n'ai pas fait partie d'une résistance juive, j'ai fait partie de la Résistance française tout en reconnaissant qu'il y a eu d'autres résistants qui, eux, étaient dans des organisations de Résistance juives, mais c'étaient des cas et un recrutement différents." (cité par Annie Perchenet d'après une étude sur les juifs dans la résistance)

J'ai raconté qu'en 1871 les membres de la famille alsacienne ont quitté l'Alsace pour rester Français. Il ne faut pas lire cela sans penser à ce que représente la décision de quitter sa maison, certains biens, quelques fois l'outil de travail, son métier, ses habitudes, l'école des enfants, etc, alors que l'on pourrait choisir de rester puisque la guerre est finie, et alors que l'Allemagne ne pose aucun problème particulier pour les juifs. Mon père traite de cela dans une note, avec des précisions. Je reprends quelques phrases de lui: "Malgré tous ces obstacles, perte d'argent ou mobiliers abandonnés (familial et professionnel), un chiffre impressionnant de familles vinrent grossir la population de toutes les grandes villes et particulièrement de l'est......Dans leur très grande majorité les familles (juives) d'Alsace optèrent pour la France......; l'antisémitisme n'existait pas plus en Allemagne à cette époque qu'en France.....On peut donc conclure que tous les optants venus d'Alsace l'ont fait par un même sentiment de patriotisme." J'ai raconté aussi au sujet du seul ménage de la famille resté à Mulhouse, Froumy Dreyfus, que leur fils, plus tard, avait déserté pour ne pas être soldat allemand.
Ces gens avaient choisi la France sans hésiter à payer très cher le prix de leur décision. Je crois qu'on peut dire d'eux qu'il n'étaient plus juifs indifféremment français ou allemand, mais bien Français de confession israélite.

Certains peuvent regretter que le choix du patriotisme et de l'assimilation ait souvent eu pour conséquence un détachement du judaïsme. Mais il est inexact de penser que des patriotes comme mon père, comme ceux que je viens de citer, et beaucoup d'autres encore, ont choisi, par honte, d'être Français avant d'être juif. Ce choix, le plus souvent, n'a pas été la voie de la facilité. Ce que je viens d'écrire le montre assez. Je pense vraiment que ceux qui ont cru à l'assimilation l'ont voulue et vécue avec enthousiasme, et souvent avec courage.

(1) Un exemple de cette volonté d'assimilation dès le début du XIX° siècle: en 1819, sans aucune pression, sous un gouvernement qui leur était favorable, les juifs ont décidé d'interdire l'enseignement du yiddish dans les écoles israélites.



Les Juifs éternels persécutés
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Les juifs éternels persécutés, la vallée de larmes...., il y a des idées comme cela dans la tête des gens, bien établies comme des vérités si évidentes qu'on ne cherche pas à aller plus loin.
Curieusement on parle rarement des périodes fastes de leur histoire. Max I. Dimont a raison d'écrire "...il est plus souvent question, quand on évoque cette histoire (des juifs), des malheurs qui ont accablé les juifs que de leurs grandes heures de gloire".
Je n'ai fait que survoler partiellement l'histoire des juifs, mais cela m'est suffisant pour discuter cette idée généralement admise.
Il me semble que l'origine de cette façon de voir se situe dans le monde chrétien qui a enseigné, siècle après siècle, la malédiction divine qui doit poursuivre éternellement le peuple juif. Et je ne serais pas étonné que cette formulation, sans cesse répétée, ait fini par influencer les juifs eux-mêmes. C'est probablement encore plus vrai dans la période actuelle, où les esprits dans un climat passionnel tendent à noircir le passé.
J'ajoute que si, plus ou moins consciemment, on veut prouver cette éternelle persécution, on peut, sans difficulté, multiplier les exemples dans le même sens en cherchant dans l'histoire d'un peuple qui s'étend sur 4OOO ans et en oubliant à chaque fois de situer les événements dans le contexte de l'époque.
En effet, même en ne considérant que les périodes dramatiques pour les juifs, et en regardant chaque période d'un peu près, on constate qu'à la même époque, d'autres, non-juifs, subissent un sort aussi dur et même pire que le leur, tandis qu'un certain nombre de communautés juives réparties dans le monde vivent parfaitement tranquilles ailleurs.
Je n'ai pas l'ambition de réécrire l'histoire des juifs pour prouver ce que je viens d'énoncer, mais je veux donner quelques exemples à différentes époques.
Quand on raconte la vie des juifs en Egypte d'après la Bible, on mentionne leur situation d'esclaves, mais on parle peu de leur arrivée dans ce pays, quand ils ont été accueillis chaleureusement, toujours d'après la Bible.
Quand on parle des guerres auxquelles ils ont été mêlés avant l'ère chrétienne, on mentionne leurs défaites et les déportations qu'ils ont subies. On parle moins de leurs conquêtes, et on précise encore moins qu'ils n'étaient pas plus tendres que les autres avec leurs ennemis vaincus.
Quand Nabuchodonosor détruit Jérusalem, on ne fait pas le rapprochement avec les grecs qui, vers la même époque, détruisaient la civilisation Crétoise avec des méthodes beaucoup plus violentes.
Quand au II° siècle ap.JC. les romains détruisent Jérusalem, les chrétiens vont en faire un drame d'une importance exceptionnelle que l'on va répéter pendant vingt siècles. On oublie de faire le rapprochement avec Carthage qui fut détruite, deux siècles plus tôt, pour la même raison: l'impossibilité de subir une défaite qui ébranlerait la puissance de Rome.
Les romains, pendant qu'ils détruisent Jérusalem, massacrent et chassent de Palestine des quantités de juifs. C'est la Diaspora dramatisée par les chrétiens, mais on oublie qu'en même temps les deux tiers du monde juif vivent tranquillement sur le pourtour de la Méditerranée, et sont reconnus comme citoyens par ces mêmes romains.
Quand arrive la période noire des croisades, on estime que 1OO.OOO juifs ont été massacrés par les croisés en deux siècles. On ne mentionne généralement pas, qu'exactement à la même époque 1.OOO.OOO de cathares ont été exterminés en trente ans. On ne mentionne pas non plus que les croisés, surtout au cours de la quatrième croisade, ont massacré tellement de byzantins, qu'on a pu parler de carnage et de boucherie, pendant que leurs villes étaient saccagées et pillées. (Max I.Dimont).
Quand on parle de l'expulsion des juifs des pays occidentaux, on ne mentionne pas que Casimir de Pologne leur offre, avec succès, des conditions de vie favorables pour les attirer. On ne mentionne pas non plus, qu'alors, bien des communautés sépharades s'épanouissent en terre d'Islam.
Pour ces communautés, comme pour les marranes du sud-ouest que bien des français n'ont découverts que récemment avec le livre de Badinter, on peut écrire que les peuples heureux n'ont pas d'histoire.
L'histoire des juifs telle que les gens l'imaginent, c'est un peu comme notre écran de télévision au moment des actualités, quand, en un quart d'heure on nous abreuve de tous les malheurs du monde, au point de nous faire oublier qu'il peut y avoir des gens heureux sur cette terre.
Il ne s'agit pas de minimiser les malheurs des juifs, d'oublier les pogroms ni tous les autres faits douloureux. Mais je n'oublie pas non plus le massacre des arméniens, ni celui des cambodgiens par Pol-Pot, ni les cathares, ni les millions de morts de la guerre de 1914, ni ceux de la guerre de 194O, etc... etc. Ainsi va, hélas, l'histoire des hommes de siècle en siècle
Finalement, si je mets à part le crime horrible et sans précédent des nazis, je ne crois pas que l'on puisse parler d'un monde qui aurait été partout et depuis toujours obnubilé par la haine des juifs, ni du martyr permanent et exceptionnel du peuple juif.



Les Juifs pendant 4.OOO ans.
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Au début de mon récit j'ai raconté que mes ascendants s'étaient mariés entre catholiques, protestants et juifs. A cette époque, ce n'était pas très courant, mais c'était loin d'être exceptionnel. Toujours est-il que pour moi la religion n'a eu dès mon plus jeune âge qu'une importance relative. Je rappelle cela à un moment de mes réflexions où je veux définir l'idée que j'avais du judaïsme avant de me lancer dans cette aventure qu'a été ma plongée dans l'histoire de ma famille paternelle.
Les juifs, ou israélites, étaient pour moi les adeptes d'une religion, comme les catholiques ou les protestants. Pour les protestants je savais que c'était un peu plus compliqué car il y avait plusieurs églises. Celle de ma mère, par exemple, était l'Eglise Réformée.
La religion, c'était une croyance, un dogme, mais aussi une organisation. Les catholiques avaient une hiérarchie jusqu'au pape à Rome, les protestants un consistoire, et les juifs un consistoire israélite avec rabbin, grand-rabbin. Je pensais que si cela existait en France c'était la même chose à l'étranger, ou tout au moins similaire. Comme je n'y attachais pas d'importance, tout cela s'était mis en place dans ma tête au hasard de ma vie, et me paraissait cohérent. Aussi je pensais, sans y avoir réfléchi, que les différents cultes avaient dû exister à peu près sous cette forme depuis toujours.

C'est pourquoi j'ai été assez surpris quand j'ai découvert qu'avant la Révolution, en France, les communautés juives fonctionnaient de façon tout a fait indépendantes, qu'il n'y avait entre elles aucun lien hiérarchique ni organisation commune. Et, plus j'allais de l'avant dans ma recherche, plus j'étais surpris par le fonctionnement de ces communautés. Les rabbins avaient, suivant les cas, des pouvoirs très différents, allant jusqu'à n'être que des guides religieux salariés sans aucune autorité sur la société civile, le pouvoir réel étant détenu par d'autres, les syndics, parnass ou baylons ou autres qui n'avaient eux non plus aucun lien obligé avec ceux des autres communautés. Ces communautés, importantes ou pas, n'étaient pas forcément solidaires. Elles étaient très influencées par la culture locale, ce qui ajoutait à leurs différences.
Une communauté se créait lorsqu'il y avait un certains nombre de familles au même endroit, ce qui n'était pas toujours le cas. Nous avons pu voir dans les différents recensements du XVIII° siècle en Lorraine et en Alsace, combien les familles étaient dispersées. Souvent une seule ou deux dans un village. Pourtant, même dans cette situation, la tradition se maintenait.
Patrick Girard cite une lettre qu'écrivait le juif bordelais, Isaac Pinto, lors d'une polémique avec Voltaire: "...l'ignorance où l'on est communément en France de la distinction qu'on doit mettre entre les Juifs portugais et espagnols et ceux des autres nations...Un Juif portugais de Bordeaux et un Juif allemand de Metz paraissent être deux êtres absolument différents...Monsieur de Voltaire ne peut ignorer la délicatesse scrupuleuse des Juifs portugais et espagnols à ne point se mêler, par mariage, alliance ou autrement, avec les juifs des autres nations.". C'est ainsi qu'avant la Révolution, si une famille ashkénase de l'est venait s'installer trop près des sépharades du sud-ouest, ceux-ci faisaient appel au pouvoir royal pour la chasser.
Il n'y avait donc pas de judaïsme français. Au début je l'ai constaté avec étonnement, mais ensuite je me suis posé des questions sur la façon dont tout cela pouvait fonctionner depuis le début de l'ère chrétienne, c'est à dire depuis dix huit siècles, sans que tout tombe en lambeaux, surtout avec les migrations et l'influence des différentes civilisations.. Comment pouvait-on parler des juifs de France comme d'une entité, ou des juifs en général comme de quelque chose de cohérent, car évidemment le problème était le même dans les autres pays.

Je me suis alors posé la question du fonctionnement du judaïsme avant l'ère chrétienne. Question difficile pour moi car mes souvenirs de l'histoire sainte que l'on m'avait enseignée étaient assez flous, et ce que l'on m'avait appris était aménagé à la sauce chrétienne. Alors j'ai parcouru quelques ouvrages, et j'ai pu me faire une idée dans les grandes lignes. Mais ce que je découvrais ne faisait que compliquer la question que je me posais.
Au début de l'histoire des juifs, on trouve, à partir d'Abraham, quelque chose comme huit à neuf siècles de vie nomade et d'esclavage. Ce ne sont pas des conditions idéales pour la naissance d'une culture, d'une religion, ni pour en conserver aussi longtemps l'identité.
Ensuite les hébreux vivent environ six siècles sur la terre de Canaan, la terre promise, une vie tantôt glorieuse, tantôt tourmentée, mais ils sont dans un pays qu'ils considèrent comme le leur. C'est au moins pendant quelque temps, une période de splendeur, avec une apogée sous le Roi Salomon. Là ils réunissent, à peu près, les conditions dans lesquelles les peuples peuvent épanouir une civilisation. On constate pourtant dans cette période que le paganisme gagne la société juive aux dépens du judaïsme.
Et puis, à partir de 5OO avant l'ère chrétienne, ils perdent leur indépendance et vont tomber successivement sous le joug des Assyriens, des Babyloniens, des Perses, des Grecs et des Romains. Leurs défaites se traduisent par des déportations, des prises d'esclaves, etc. En pareille situation, surtout quand cela se prolonge pendant des siècles, les peuples disparaissent et se fondent dans le monde de leurs conquérants. C'est d'ailleurs à cette époque que dix tribus juives sur douze disparaissent de la scène de l'histoire. Mais deux d'entre elles résistent à tout. C'est d'autant plus remarquable, que, comme le souligne Max I.Dimont, "Tout ce que l'Hellade toucha au cours des années magiques de sa grandeur fut hellénisé, y compris les Romains ses conquérants." Le judaïsme lui, est marqué par la confrontation avec cette civilisation, mais il en sort renforcé.

On peut donc constater qu'au même titre que pendant les 1.8OO ans qui se sont écoulés entre le début de l'ère chrétienne et la Révolution Française, les juifs n'ont pas eu au cours des deux mille ans qui ont précédé cette ère les conditions de vie qui semblent habituellement favoriser l'épanouissement d'une civilisation, d'une culture, d'une religion.
Helmut Andics écrit dans "L'Histoire de l'antisémitisme" que d'après l'expérience que nous avons de l'histoire du monde, les juifs auraient dû disparaître. D'après lui il n'existe aucun autre peuple qui ait survécu pendant des siècles à la fois au déplacement des populations et à la liquidation totale de leur Etat. Leur histoire, écrit-il, est unique dans le monde.
Et pourtant cela dure maintenant depuis 4.OOO ans.

Et tout ce que je viens d'écrire paraît encore plus étonnant quand ont constate que les juifs ont survécu pendant que les autre civilisations disparaissaient. Bernard Lewis écrit: "Jusqu'au XIX° siècle, la chrétienté ne connaissait de l'histoire du Moyen-Orient ancien que ce qu'en disaient l'Ancien Testament et le auteurs grecs. Ne lisant que la bible les juifs en savaient encore moins. Quant aux musulmans, qui n'avaient pour source d'information que leurs propres écrits, ils étaient encore plus ignorants." Ce qui montre à quel point ces brillantes civilisations de l'antiquité étaient tombées dans l'oubli. Max I.Dimont est plus précis: "De grandes nations de l'ère païenne qui surgirent dans les mêmes temps que le peuple juif ont totalement disparu. Les Babyloniens, les Perses, les Phéniciens, les Hittites, les Philistins...tous ont disparu de la face du monde après avoir été de grandes et puissantes nations. Seuls les Chinois, les Hindous et les Egyptiens ont une origine aussi ancienne que les Juifs. Mais ces trois civilisations n'ont connu qu'une seule grande période culturelle et n'ont pas eu, sur les civilisations qui leur ont succédé, une influence capitale". Et plus loin: "Seuls les Grecs et les Romains ont exercé sur l'homme d'Occident une influence aussi profonde que les Juifs. Mais les populations qui vivent aujourd'hui en Grèce et en Italie ne sont plus les mêmes que celles qui peuplaient l'Hellade ou Rome". Il écrit encore: "Contrairement aux Juifs, ces peuples ne furent pas chassés de leur pays et n'eurent par conséquent pas à faire face au problème de leur survivance sur une terre étrangère". Je sais que l'auteur arrange un peu son exposé dans le sens de ce qu'il veut démontrer, mais je crois que dans les grandes lignes il souligne bien une réalité de l'histoire.

Il existe une autre différence avec les autres cultures et civilisations. Je cite à nouveau Max I.Dimont: "Toutes les civilisations que nous connaissons ont laissé des témoignages de leur histoire sous une forme tangible. Nous nous sommes familiarisés avec elles, grâce aux manuscrits ou aux ruines que mirent à jour les archéologues. Tout ce que nous savons des juifs des temps bibliques, ce sont les doctrines qu'ils enseignaient et l'influence qu'ont eue ces doctrines sur d'autres peuples et d'autres civilisations qui nous l'ont appris. Il existe peu de manuscrits hébraïques pour nous décrire les combats qu'ils ont menés; peu de ruine pour évoquer leur ancienne splendeur. Mais chose paradoxale, les peuples qui n'ont laissé derrière eux, comme preuve de leur existence, que des monuments ont disparu avec le temps, alors que les juifs qui n'ont laissé que des doctrines, ont survécu".

Je termine l'énumération de mes constatations par une dernière remarque faite au cours de mes recherches. Dans mes lectures dispersées sur l'histoire des juifs, une chose m'a frappé parce qu'elle revient systématiquement. A toutes les époques, les juifs installés dans des pays étrangers, et chaque fois que les circonstances le permettent, émergent aussitôt dans des fonctions importantes de la société. Pratiquement jamais aux postes de dirigeant des pays, du moins jusqu'au XVIII° siècle, mais souvent comme conseils de ces dirigeants, comme enseignants, comme médecins écoutés et réputés, grands commerçants..., sans que cette énumération soit limitative. C'était vrai dans le monde romain, cela paraît avoir été vrai dans le monde musulman. Au moyen âge nous avons vu les chrétiens rechercher l'enseignement auprès de juifs, nous avons vu des juifs à la cour papale aux pires moments des rapports entre juifs et chrétiens, nous avons vu l'évolution brillante des juifs de cour. Et tout au long des siècles qui se sont écoulés entre le début de l'ère chrétienne et la Révolution, on trouve de grands érudits qui circulent généralement dans plusieurs pays, qui quelquefois ouvrent des universités, et marquent leur passage par leur pensée, même au delà des communautés juives. On ignore généralement leur nom, moi le premier, car le monde a le plus souvent, volontairement ignoré la culture juive.
J'ai souligné la rapidité de l'ascension des juifs dans l'échelle sociale après la Révolution. M'arrêtant un peu sur cette période, je rappelle, d'après Patrick Girard, que, dans les trente premières années de l'Ecole Polytechnique, on a dénombré, en pourcentage de la population, dix fois plus d'élèves juifs que la moyenne de l'ensemble des français. Max I.Dimont, dans son livre écrivait, en 1964, qu'à cette époque les juifs représentaient moins de O,5% de la population du globe, alors qu'ils étaient titulaires de 12% des prix Nobel de physique, chimie et médecine. Annie Perchenet, dans son livre paru en 1988 mentionne qu'en région parisienne, 25,4% des juifs sont diplômés de l'enseignement supérieur, que l'on peut comparer à une moyenne de 1O% pour l'ensemble de la population. Ailleurs elle cite, en dehors des scientifiques, des universitaires de haut niveau et des hommes politiques d'une certaine importance, un certain nombre de ceux qui ont marqué l'époque récente, celle de la génération de mon père et la mienne. Parmi les philosophes, Bergson, Jankélévitch; parmi les littéraires, Marcel Proust, André Maurois, Raymond Aron; parmi les peintres, Pissaro, Modigliani, Soutine, Chagall; parmi les compositeurs de musique, Darius Mihlaud. Personnellement, j'ajoute, pour la musique, les interprètes, Rubinstein, Yéhudi Ménuhimm. Et tout cela, après trois cents ans de ghetto.


Alors comment cette histoire a-t-elle été possible. Comment ce peuple, le plus souvent sans pays et sans armée, a-t-il survécu et a-t-il pu marquer de sa pensée les pays où il a vécu? Pour le comprendre, j'ai repris la plupart des livres que j'avais déjà compulsé, et particulièrement "Les Juifs, Dieu et l'Histoire" de l'auteur américain Max I.Dimont, dont le livre de 45O pages est consacré à la gloire de l'histoire des juifs, et a qui j'ai beaucoup emprunté. Et maintenant, avec beaucoup de prudence et de modestie, je vais essayer une synthèse de ce que j'ai cru comprendre, avec ma façon de voir, d'un homme qui ne croit pas en Dieu ni aux vertus d'une race, mais qui croit que les traditions, suivant qu'elles sont maintenues et qu'elles savent évoluer, peuvent faire la force ou la faiblesse des peuples.
A la survie de la culture juive pendant quatre millénaires, j'ai retenu quatre raisons: la religion, l'instruction, la capacité d'adaptation aux événements, et, secondairement, les conditions créées par le phénomène de la Diaspora.

La première raison je la trouve dans les réflexions de Max I.Dimont. Les juifs ont puisé une force extraordinaire dans la religion qu'ils ont inventée et dans les disciplines qu'ils se sont imposées au travers de cette religion.
Cette religion dont Eisenberg nous dit qu'elle ne se présente pas "comme la révélation, la doctrine ou l'enseignement d'un grand inspiré: Bouddha, Jésus ou Mahomet. Elle est le fruit d'une lente construction collective élaborée par une série de figures charismatiques, Abraham, Jacob, David, les prophètes d'Israël, tout au long d'un processus d'environ treize siècles et dont l'histoire nous est parvenue par la Bible".
Au début il y a la révélation d'Abraham qui est à l'origine de l'"Alliance entre Dieu et le peuple Juif". A une époque où le monde païen adorait des idoles, auxquelles ils donnaient des images précises, souvent proches des hommes, et auxquelles ils faisaient des offrandes, les juifs ont inventé un dieu unique. Plus tard, vers le VII° siècle av.JC, alors que certains juifs de l'époque royale retournaient au paganisme, les prophètes ont imposé l'image d'un dieu unique aussi abstrait que possible puisqu'ils en interdisaient toute représentation. De cette façon, comme l'expose Max I.Dimont, les juifs avaient inventé "un dieu transportable", auquel ils pouvaient s'adresser en tout lieu et à tout moment, et dans toutes les circonstances, par la prière et sans intermédiaire.
C'est un dieu d'amour, mais plus encore un dieu dur et exigeant, qui par la Torah intervient dans tous les moments de la vie. Cette Torah, le rabbin Josy Eisenberg explique qu'elle comprend 246 obligations et 365 interdictions; que c'est à la fois un code civil et un code pénal qui fixe les régles de vie entre les hommes, mais qu'elle fixe aussi les régles de vie de chaque individu. Et il précise :"Outre l'éthique qui s'exprime dans la Torah par les lois les plus diverses, depuis l'amour du prochain jusqu'à l'obligation de construire une balustrade sur sa terrasse, et concerne tous les domaines de la vie...", et il cite ce qui concerne la sexualité, la nourriture, etc. Elle n'intervient pas pour multiplier les interdits, mais pour aider à faire face à tous les moments de l'existence. Elle est à la fois souple et contraignante. La rigueur qui en découle va régir la vie des juifs de génération en génération.
Les règles imposées par la Torah sont complétées par des commentaires qui constituaient une tradition orale et qui deviendront, sous une forme, écrite le Talmud, après la destruction du Temple de Jérusalem.
Ainsi, ce "Dieu transportable", et la Loi qu'il impose, ont constitué un élément primordial de la survie des Juifs.


La seconde raison, l'instruction, découle de ce qui précède, car la Loi impose l'étude de la Loi.
Avant d'aller plus loin, je précise, d'après Eisenberg, ce que j'ai appris récemment. La Bible hébraïque, qui est un vaste monument littéraire, comprend: la Torah, les Prophètes et les Hagiographes. Le Talmud, environ deux mille pages, comprend la Michna et la Guemara. Sans aller plus loin dans les définitions, j'ajoute, d'après le même auteur que la Bible, qui est le premier livre saint du judaïsme, constitue la loi écrite, tandis que le Talmud, second livre saint, qui reprend la loi orale, constitue le commentaire de la Bible.
L'obligation d'enseignement et d'étude, comme la religion, s'est mise progressivement en place, avec comme objectif premier la transmission de la Torah. Eisenberg écrit à ce sujet:
"Cette transmission se fait d'abord par le canal de cette école d'éducation permanente qu'est le cercle de famille.....Mais cette transmission se fait également par l'instruction. L'étude de la Torah est considérée comme le plus sacré des devoirs. L'enfant doit par conséquent, être mis dans une école juive à plein temps....." Et citant le Talmud il ajoute " A cinq ans, la Bible. A dix ans la Michna. A treize ans les commandements. A quinze ans la Guemara......."
"Les rabbins du Talmud ont valorisé à l'extrême l'enseignement de la Torah, et l'on remplirait une anthologie avec leurs dictons. Ils ont exhorté les juifs non seulement à réserver, chaque jour, un temps pour étudier, mais aussi à ne jamais lésiner en ce qui concerne les dépenses afférentes à l'instruction de leurs enfants...".
Cette volonté d'enseigner et d'apprendre, je l'ai retrouvée dans mes lectures pour toutes les communautés, dans tous les pays, à tous les époques, au niveau des enfants, et aussi des adultes. C'est ainsi que j'ai trouvé à plusieurs reprises des obligations d'études sur un à trois ans après le mariage, soit pour l'époux seul, soit pour le mari et la femme.
Les juifs, même coupés du monde ont toujours entretenu des écoles pour les enfants et les adolescents, et chaque fois que cela était possible, ils créaient des universités pour les adultes. Quand les juifs étaient isolés comme cela s'est passé en Alsace et en Lorraine, ils payaient, malgré leur misère, des instituteurs ambulants pour leurs enfants. Ils avaient le goût du savoir, et les grands érudits, dont j'ai déjà parlé, jouissaient du plus grand respect de tous les juifs. Cela a eu pour conséquence que dans la diaspora, même avant l'ère chrétienne, les membres des communautés juives ont toujours eu un niveau intellectuel supérieur à celui des populations au milieu desquelles elles vivaient. Juste au lendemain de la Révolution, à une époque où les illettrés étaient nombreux, j'ai pu constater que tous les juifs du sexe masculin savaient lire et écrire, même si, certaines fois, ce n'était qu'en écriture hébraïque, et que de toutes façons ils comprenaient en plus le français ou l'allemand. Pour les femmes, j'en ai trouvé seulement deux qui ne savaient pas signer. Ceci alors que les registres de l'Etat Civil de la même époque montrent une quantités d'illettrés chez les chrétiens.
J'ai mentionné au début de cet exposé l'isolement des communautés et je me suis demandé comment la tradition pouvait survivre dans ces conditions. On peut supposer que cette situation avait une assise d'ordre intellectuelle avec les instituteurs ambulants, les érudits qui allaient de pays en pays. On peut aussi noter comme exemple de cet état d'esprit, la communauté de Metz, communauté d'une certaine importance, qui faisait appel, avec l'assentiment du roi de France, à des rabbins particulièrement érudits, qu'ils allaient chercher à Prague ou ailleurs.
Comme le Talmud présente non seulement des commentaires de la Bible, mais aussi des discussions sur tous les événements que peut rencontrer un homme dans sa vie, la forme de cet enseignement mène non seulement à la connaissance, mais habitue l'esprit au raisonnement, à la curiosité et aussi à l'abstraction.
J'ajoute que cet enseignement ouvre l'esprit à toute nouveauté et ne comporte pas les interdits que l'on rencontre chez les chrétiens. Ils pouvaient apprendre les mathématiques et l'astronomie chez les arabes sans penser qu'il s'agit d'une magie diabolique.
Pour moi qui ai souvent constaté que ce sont ceux qui ont fait le plus d'études qui ont le plus envie d'étudier encore, je ne peux douter de la force que donne un tel état d'esprit entretenu de génération en génération.
Cela a permis aux juifs, même quand ils étaient enfermés dans des ghettos, de se sentir très forts face à ceux qui les méprisaient et les enfermaient. Mais cela leur a surtout permis, au moins aux plus brillants d'entre eux, d'avoir l'esprit toujours ouvert à la connaissance et à la compréhension de la société dans laquelle ils vivaient.


La troisième raison réside dans la capacité d'adaptation aux situations et aux événements.
Dans un de ses écrits mon père fait référence à Robert Aron (et non Raymond), qui écrit dans "Les années obscures de Jésus": "Les Juifs bâtissent dans l'âme, ils édifient dans le temps:: leurs véritables cathédrales sont intérieures au coeur humain et consubstantielles à l'Histoire. Jamais achevées, devant même leur efficacité à ce perpétuel devenir qui jamais ne s'achèvera, elles expriment la tradition, sans la figer, sans la briser, sans jamais coincider avec un seul de ses instants: les véritables monuments juifs sont, nous le verrons plus loin, les commentaires perpétuels et incessants de la parole de Dieu."
Le maintien de la tradition, "sans la figer, sans la briser", cela exprime parfaitement quelque chose que j'ai vraiment ressenti au travers de mes lectures désordonnées sur l'histoire des juifs.
J'ai déjà cité le rabbin Eisenberg quand il écrit que le judaïsme est le fruit d'une lente construction qui a duré environ treize siècles. Mais il faut ajouter que cette construction par la suite a sans cesse évolué grâce aux études et aux commentaires des grands érudits du judaïsme.
Au temps de Moïse le judaïsme est organisé avec une hiérarchie. Commentant cette époque, Eisenberg écrit: "...les prêtres ont joué un double rôle: ils étaient les gardiens de la Loi, dont les deux tables étaient pieusement préservées dans l'Arche d'alliance; ils étaient aussi des intermédiaires entre Dieu et Israël. Pur parmi les purs,....Ils accomplissaient pour eux les sacrifices d'expiation qui accompagnaient les divers moments de l'existence. Le Grand-Prêtre, lui, était l'intercesseur par excellence.....A bien des points de vue, le statut du prêtre dans le catholicisme est comparable à celui des prêtres dans l'Ancien Israël".
Plus tard il y eu les prophètes qui enseignèrent que les valeurs morales étaient plus importantes que les rites auxquels les prêtres donnaient beaucoup d'importance. C'est ainsi que la prière remplace le sacrifice, et que le prêtre se mue peu à peu, d'un exécutant des rites, en un rabbin, un enseignant du judaïsme. Les juifs ne dépendent plus alors d'un temple et d'un clergé. Eisenberg écrit "...le judaïsme trouva une nouvelle impulsion, grâce à l'apparition de chefs spirituels d'un nouveau type: les rabbins". La Torah devient la véritable patrie spirituelle des Juifs. Et c'est ainsi qu'avant l'ère chrétienne, la grande majorité des juifs qui étaient déjà dispersés dans la Diaspora ont pu survivre en conservant une foi vivace.
Plus tard encore, quand le temple de Jérusalem est détruit par les Romains, et alors que, comme je viens de le rappeler, la majorité des juifs vit hors de Palestine, les rabbins et les érudits décident de transgresser la Loi qui interdit de mettre par écrit la tradition orale. Et c'est le Talmud, fruit d'un travail collectif qui a duré plusieurs siècles. Au sujet de ce Talmud, Max I. Dimont écrit: "Les talmudistes édictèrent des lois qui permettaient aux Juifs, non seulement de vivre en tant que Juifs, mais en tant que citoyens du monde.". Le Talmud permet aux juifs de vivre dans n'importe quel pays en respectant les lois de ce pays. Nous avons vu que les juifs avaient répondu à Napoléon I° qu'ils pouvaient reconnaître les lois de la France, sans déroger aux règles du judaïsme.

Cette capacité d'intégration fut pour les juifs la source d'un extraordinaire enrichissement culturel. Je cite encore Max I. Dimont "C'est que la diaspora permit l'épanouissement de nouvelles cultures juives. Si chacune de ces cultures était d'essence spécifiquement juives, elle n'en adopta pas moins les traits dominants de la civilisations au coeur de laquelle elle s'épanouissait. Les juifs restèrent toujours fidèles à Jéhovah et au monothéisme, quel que fut la forme qu'empruntât la culture d'une de ces Diasporas, qu'elle fut drapée dans la tunique grecque; coiffée du turban des mahométans, ou, plus près de nous, qu'elle arborât les insignes des grandes Universités américaines. Ainsi au coeur de cette civilisation de philosophes qui était celle des grecs, les juifs furent philosophes; dans la civilisation islamique où dominaient poètes et mathématiciens, les juifs furent des poètes et des mathématiciens; dans une civilisation toute tournée vers les sciences et les abstractions, comme celle de l'Europe contemporaine, les juifs se sont faits savants et théoriciens. Enfin dans cette Amérique où triomphe le pragmatisme, les juifs sont devenus eux aussi pragmatiques. C'est uniquement lorsqu'une culture ou une civilisation était en contradiction formelle avec le monothéisme du peuple juif qu'il ne put s'y intégrer. Pour nous résumer, les Juifs faisaient partie intégrante de la civilisation dans laquelle ils vivaient, tout en conservant leur caractère propre.".
Mais cela devient progressivement moins vrai depuis le début du XIX° siècle. Eisenberg constate que dans l'Etat moderne le juif est devenu citoyen du pays où il se trouve, et que le judaïsme n'y a sa place que comme une religion au même titre que le catholicisme ou le protestantisme. Pour lui en 1939, une partie du peuple juif était déjà en voie de réduction à l'état laïc" et n'avait plus que de vagues attaches avec la tradition religieuse.
Il ajoute qu'avec la schoah et l'Etat d'Israël on assiste à une renaissance.......mais cela sort de mon propos.

La dernière raison de la survie des juifs pendant 4OOO ans a été la Diaspora.
Sur ce sujet je donne un avis personnel. Un proverbe dit: "Les vertus naissent dans la contrainte et meurent dans la facilité". Et cela me fait dire que si le judaïsme s'était épanoui dans un état riche et une brillante civilisation, on n'en parlerait plus depuis de nombreux siècles.
Max I. Dimont explique cela mieux que moi:
"La Diaspora les entraîna (les juifs) dans de nombreux pays, au coeur de nombreuses civilisations. Chaque fois qu'une de ces civilisations, la civilisation islamique par exemple, déclinait, les Juifs déclinaient eux aussi. Mais lorsqu'une civilisation disparaissait, il en surgissait aussitôt une autre, et les juifs de la Diaspora resurgissaient avec elle. Les juifs pouvaient ouvrir boutique dans n'importe quel pays et tirer parti de leur culture au sein de n'importe quelle civilisation. Le fait d'être fermement convaincu qu'ils étaient le Peuple élu de Dieu leur donna la volonté de survivre. La Torah alimenta cette volonté et leurs docteurs forgèrent les instrument de leur survivance....mais en dernier ressort, c'est à la Diaspora que les juifs durent d'échapper à la durée qu'impose l'Histoire aux peuples, et à leur mort en tant que civilisation. Ils avaient trouvé par miracle le secret d'une éternelle jeunesse culturelle. Oui, c'est grâce à la Diaspora que les juifs, bravant les lois immuables de l'Histoire, survécurent au sein de civilisations successives.
La Diaspora fut donc l'instrument essentiel de la survivance culturelle au delà de la durée normale d'une civilisation. S'ils n'avaient pas été exilés,.s'ils étaient restés en Palestine, les Juifs ne joueraient pas, dans l'Histoire mondiale, et du point de vue culturel, un rôle plus grand que la secte à peu près éteinte des caraïtes.".



Judaïsme, humanisme, droits de l'homme et démocratie
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J'ai mentionné que dans les décennies qui ont suivi la Révolution, les droits de l'homme et les principes de la Révolution ont été considérés, en France, par beaucoup de juifs comme l'expression moderne des Tables de la Loi, ce qui a permis une évolution progressive vers l'intégration et l'assimilation.
Dans d'autres lectures, sur un plan plus général, et sans qu'il soit question de la Révolution, les auteurs développent sous des formes diverses l'apport du judaïsme dans l'évolution des sociétés modernes vers l'humanisme, les droits de l'homme et la démocratie. Je cite quelques exemples.
Parlant du message des Prophètes, Eisenberg écrit; "...la dénonciation de l'arbitraire royal, du ritualisme considéré comme une fin en soi, de l'exploitation de l'homme par l'homme. Il s'agit là d'idées-force, qui constituent incontestablement l'un des apports les plus universels du Judaïsme à l'histoire de la civilisation, et dont il serait aisé, mais un peu long, de démontrer à quel point elles ont informé les idéologies et mouvements les plus divers au cours de l'histoire occidentale, qu'il s'agisse du Christianisme, de la Révolution anglaise ou de la Révolution française, du Socialisme ou du Sionisme.". Et plus loin: "...toutes les nations sont soumises à une morale universelle, qui a pour dénominateur commun la non violence. Les Prophètes sont ainsi les véritables fondateurs de la morale internationale...".
Isabelle Girard, dans "L'Evénement du Jeudi" de juillet 1989, et sous le titre "Terre de lait et de miel" écrit un article à partir d'entretiens qu'elle a eu avec un certain nombre d'intellectuel français juifs, dont je retiens ceci: "...Les grandes réformes de société ont été initiées par des juifs: les lois contre l'esclavage, les lois sur l'avortement et contre la peine de mort. C'est que les juifs sont en général libéraux et que le message d'universalité contenu dans le judaïsme s'adapte parfaitement à la tradition française."
Max I. Dimont développe plus en détail ce point de vue. En résumant voici ce qu'il écrit.
Pour lui la Torah est un bond considérable dans l'avenir. Elle apporte le concept de l'égalité devant la Loi, une Loi basée sur un code écrit. "Ce code mosaïque constitue le premier recueil de lois écrites connu et laisse loin derrière lui, par son humanité, sa passion de la justice, son amour de la démocratie, toutes les lois,jusqu'alors existantes".
Cet ensemble de lois donna naissance à une forme de gouvernement d'inspiration démocratique suffisamment forte pour se perpétuer pendant 8OO ans et retrouver une nouvelle vigueur avec les prophètes. Il institua les premiers rudiments de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, concept que l'on ne retrouvera dans l'histoire que 3OOO ans plus tard. Les prêtres ne traitent que de ce qui n'était pas prévu par la loi mosaïque, un peu comme la Cour Suprême des Etats-Unis qui n'a pas le pouvoir et ne traite que du respect de la constitution. Et il ajoute: " Moïse jeta également les bases d'une autre séparation , devenue indispensable à toute démocratie; il créa un appareil judiciaire indépendant.".
Il écrit encore: "Lorsqu'on relit les lois mosaïques édictées il y a quelque trois mille ans, on est émerveillé par leur humanitarisme. Et l'on ne peut s'empêcher de se demander si le monde n'irait pas mieux si ces lois , dans leur ensemble, avaient été universellement adoptées. Les esclaves, sous ces lois étaient traités avec plus de bonté et d'humanité qu'ils ne l'étaient aux Etats-Unis en 185O. toutes les lois édictées pour les hommes libres s'appliquaient pour les esclaves qui recouvraient leur liberté après sept ans de service. Les lois qui régissaient le divorce étaient infiniment plus libérales, au temps de Moïse, que dans l'Angleterre d'aujourd'hui, et les femmes y étaient tenues en haute estime.".
Et Max I. Dimont note encore que le code mosaïque se préoccupe de la vie sexuelle quelque 12OO ans av.JC. Le désir sexuel est considéré comme normal, et les rapports sexuels ne sont pas entachés de pêché comme chez les puritains. Il prône le mariage et l'abstinence dans les devoirs conjugaux est considérée comme un crime. Le célibat est mal vu. Mais on prévoit des accrocs. Le divorce est possible. Les enfants nés hors mariage étaient légitimés et ne pouvaient être déshérités; par contre restaient bâtards les enfants de ceux qui ne pouvaient se marier selon la Loi (parents déjà mariés, ou de parenté trop proche). Les rapports homosexuels entre hommes étaient considérés comme criminels, tandis qu'entre femmes, c'était scandaleux, mais non criminel.
Mon père, au milieu de beaucoup d'autres réflexions note qu'à l'époque où, pour les serviteurs, et encore moins pour les esclaves, la notion de repos ne venait même pas à l'esprit, les juifs instaurent le sabbat. C'est le droit au repos pour tous, quelle que soit la place dans la hiérarchie, riche ou pauvre, maître ou serviteur, et même l'étranger "qui est dans tes murs". Et il commente en disant que c'est la première fois au monde que la loi reconnait pour tous le respect de la personne humaine, et que c'est la première manifestation d'égalité devant la loi.


J'ai lu tout cela avec le plus grand intérêt, mais, ignorant des textes de base, je n'ai pas d'avis personnel.
J'ai pensé cependant que cela valait la peine d'être noté.




Notes diverses
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Les noms juifs
Dans les pages qui précèdent, j'ai fait allusion aux particularités des noms juifs.
Je ne reviens pas sur le cas des juifs chinois ni ceux du Maghreb, car je n'en sais guère plus que ce que j'ai déjà écrit.
En France, à l'époque du haut moyen âge, il semble que l'usage le plus courant dans les diverses communautés juives consistait à donner un nom individuel qui pouvait être soit tiré de la Bible, soit inspiré de personnages historiques respectés (Alexandre), ou, très souvent, celui du grand-père. A ce nom on accolait généralement le nom du père. On trouve ainsi David ben (fils de) Moïse. Il en résultait, au moins pour les fils aînés, une sorte d'alternance: David ben Moïse, Moïse ben David, David ben Moïse. Mais pour les autres enfants tout devenait aléatoire à la deuxième génération. (Je note en passant que le terme "ben" se retrouve à notre époque avec le même sens chez les musulmans du Maghreb. Est-ce une influence de l'Islam sur les juifs, ou inversement, ou est-ce une coïncidence?)
Pour situer les idées au plan historique, il faut savoir que chez les chrétiens le nom héréditaire qui commence seulement à exister au XII° siècle, n'est imposé, par décret, qu'au XVI° siècle, et ne semble réellement se généraliser qu'au XVII° ou XVIII° siècle. Dans la plupart des cas ces noms se rapportent à des noms de lieu ou résultent de sobriquets.
Chez les juifs, l'évolution est assez différente suivant les régions.
En ce qui concerne les juifs du sud-ouest, les marranes, il est intéressant de noter que, d'une façon assez générale, leurs noms d'origine portugaise, et plus rarement espagnole, leur a été donné par des parrains chrétiens. En conséquence de leur appartenance à la chrétienté, même si elle n'était que de façade, leurs noms sont devenus héréditaires en même temps que celui des chrétiens, et ils les ont conservés même quand ils ont pu revenir officiellement au judaïsme.
Chez les juifs du pape, dès les environs du XVI° siècle, on trouve des noms héréditaires qui font référence à l'origine méridionale des familles: Base (Béziers), Bédarrides, Carcassonne, Lattes, Lunel, Milhaud, Monteux, Vallabrègue, Saint-Paul, etc. Dans cette région il y a aussi des noms d'origine biblique (Abraham), des traductions latines de mots hébraïques (Bendit de Bénédictus, béni), des sobriquets (Massip, Roget, Astruc), et des noms d'origine étrangère (Alphandèry, Ascoli). Mais pour beaucoup, c'est la tradition du nom individuel accolé à celui du père qui reste la règle.
A Nice, qui fut longtemps rattaché à la Maison de Savoie, les noms juifs sont le plus souvent d'origine italienne, Modigliani, Ventura, Voltera, Santini). Mais j'ignore depuis quand ces noms sont héréditaires.
Compte tenu des problèmes que j'ai rencontré dans ma recherche familiale, c'est évidemment sur la situation dans l'est de la France que j'ai porté le plus d'attention. Là, les noms héréditaires apparaissent beaucoup tard. Nous sommes chez les askénases, et le maintien de la tradition est peut-être plus fort. Certains patronymes paraissent cependant bien établis avant la Révolution, mais je ne me hasarderai pas à vouloir être plus précis.
Je préfère m'en tenir à ce que j'ai pu savoir sur l'origine des noms et à leur évolution. On trouve:
-des noms de localité marquant l'origine rhénane, franconienne ou souabe: Spire, Worms ou Wormser ou Wurmser, Sulzer, Ulmo ou Ulmann (Ulm), Brunschwig, Geismar, Bing, Bernheim, Heimmendingen avec des dérivés, Schwob ou Job (Souabe), Deutsch, Bloch (de Welsch, français?),
-des noms venant de déformations dialectales: Moïse donne Mauché ou Moch, Mordechai (Mardochée) donne Marx ou Marix, Eliezer donne Leizer ou Lazar, Raphaël donne Fohlen ou Nathan ou Netter. D'autres ont un équivalent profane, comme Michel pour Menahem,
-des noms tirés des noms d'animaux qui symbolisaient les qualités attribuées aux fils de Jacob. Nephtali dont l'attribut était la biche a donné: Zivy, Hirsch, Hirtz,Hertz, Hertzel, et aussi Cerf en français. Pour Juda, c'est le lion, et cela donne: Leib, Loeb, Loew, Lehmann, Liebmann, et aussi Lion et souvent Léopold. Pour Issachar c'est un ours, et cela donne: Baer, Berr, Berl, Bernard. Pour Benjamin le loup a donné Wolf et Oulf en allemand, et Louis en français.
-il y a les sobriquets: Blum (fleur) ou Blien ou Blin. Woog (balance).
-il y a des dérivés de l'hébreux: Meïr qui devient Meyer, Mayer; il y a Sara qui devient Sorlé, Zerle, Zerlen.
-il y a aussi les Levi et les Cohanim qui ont souvent adopté le nom de leur rang sacerdotal: Lévy ou Lévi, Cahen ou Cohen ou Kahun ou Kahn etc.
Lors de la déclaration des noms juifs de 18O8, d'autres noms apparaissent soit à partir de métiers: Metzger, boucher, Baumann ou Bauer, cultivateur; soit des sobriquets, Klein, petit ou Gross, gros. Et puis à cette occasion, certains noms ont été complétement déformés; c'est le cas d'un certain Jacob qui est devenu Javal, lié à la famille Wallerstein, et qui a d'ailleurs laissé son nom à une rue d'Arés (c'est ce que j'ai appris lors d'une conférence sur le château d'Arés).
Concernant les noms des femmes, sauf sur les déformations du nom de Sara, je n'ai trouvé aucun commentaire. A partir de mes propres constatations j'ai tendance à penser qu'il y a pour elles encore plus de fantaisie que pour les hommes. Ainsi dans la généalogie des Mendel, j'ai trouvé une femme née en 1786, que j'ai retrouvé successivement sous les noms de: Fromet GRONNEM, Fromette GRONAM, Fromia LAZARUS, Véronique LAZARD, Fromia KRONA, Véronique KRONEN et Véronique GOLDSMIDT. Elle a eu sept enfants entre 18O5 et 1816 avec Salomon Mendel à Grosbliederstroff, et bien que ce soit avec le même mari et dans la même ville, on la retrouve sous six noms différents sur les actes de naissance de ses enfants, et quelquefois deux noms différents sur le même acte.
Lors de mes consultations dans l'état civil, j'ai noté des noms de femmes vivant à l'époque de la Révolution. Il y en a un certain nombre qui paraissent venir soit des traditions, soit du yidisch, tels que: Sara, Reichel ou Rachel, Jetchen, Siesel, Fromet ou Fromia, Kaïté, Guélé ou Guelen, Bremble, Keilen, Gothon ou Goto, Babel, Bolchen etc, tandis que d'autres sont proches de la tradition française comme: Julie, Jeannette, etc, et même Rose, Rosette, Minette, Babette. Pour ces derniers quelques uns étaient certainement employés avant la Révolution, d'autres qui résultent peut-être de modification lors de la fixation des noms de 18O8.
J'ai trouvé d'autres noms en France transposés de l'hébreux, mais j'ignore dans quelle région. C'est le cas de Hayyim (vivant) qui devient Vivant, Vives, Vital ou Vidal. Ou encore TOY (bon) qui devient Bon, Bonfils, Bonafons etc.

Je précise que j'ai tiré ces informations de diverses lectures, de correspondances reçues dans le cadre de ma recherche, de mes propres recherches, mais surtout d'un guide pour la recherche publié par les Archives Nationales.
J'ai lu dans le même document qu'en 1739, à une époque où à Metz on commence à appliquer des noms héréditaires avant le reste de la Lorraine et de l'Alsace, sur 563 familles on compte: 69 Cahen, 57 Lévy, 42 Halphen, 22 May, 18 Lambert, etc...

Et après ce tour d'horizon, je pense à nouveau au livre de Roger Peyrefitte "Les Juifs". Qui est juif, qui ne l'est pas? Un peu..., beaucoup..., pas du tout......?

Napoléon et les juifs;
Dans les notes de lecture manuscrites de mon père, j'en ai trouvé une qu'il a intitulé "Tous juifs!!!!!". Cette note renvoi au livre de "La France Juive" de Drumont, qui fut l'un des principaux meneurs de la campagne antisémite qu'il commença huit à dix ans avant l'affaire Dreyfus. Il écrit: "Napoléon était-il d'origine sémitique? Disraëli l'a dit, l'auteur du "Judaïsme en France" le soutient. Il est certain que les îles Baléares et la Corse servirent de refuge à beaucoup de juifs chassés d'Espagne et d'Italie qui finirent par se convertir au Christianisme et, comme cela avait lieu en Espagne, prirent le nom des grands seigneurs qui leur avaient servi de parrains, Orsini, Diora, Colonne, Bonaparte." Il cite ensuite Michelet qui aurait écrit: "J'ai dit, écrit-il notamment dans son "Dix-neuvième siècle", qu'un spirituel anglais voudrait faire croire Bonaparte Juif d'origine. Et comme la Corse fut autrefois peuplée par les sémites d'Afrique, Arabes, Carthaginois ou Maures, Marranes disent les Espagnols, il semble appartenir plus à ceux-ci qu'aux Italiens."
Drumont ne conclut pas, mais ajoute par contre que Napoléon était très certainement Franc-Maçon, et même dans les secrets de cette organisation. Par conséquent, il ne pouvait qu'être favorable aux juifs. Il en veut pour preuve l'intérêt qu'il portait à ceux qui étaient dans son armée, les décrets de 18O8, qu'il juge très favorables pour eux, etc...mais aussi l'aide qu'il a pu recevoir des juifs. Par exemple la campagne d'Italie qu'ils auraient financée à un moment où les caisses de l'Etat étaient vides.
Je n'attache aucun intérêt à l'argumentation de Drumont, trop acharné pour être crédible. Mais quand il est question des juifs et de la Corse, cela ne peut que retenir mon attention. Il paraît probable en effet que des marranes se soient installés là comme ils l'ont fait dans toute cette partie de la Méditerranée. Votre mère le confirme et je l'ai entendue à plusieurs reprises citer des familles qui à son avis sont d'origine juive, même si elles en ont perdu toutes les traditions.
Dans ce texte de Drumont, ce qui a aussi retenu mon attention, et que j'ai voulu souligner ici, c'est la position d'un farouche antisémite au sujet de la politique de Napoléon.

Les officiers juifs dans l'armée française au temps de l'affaire Dreyfus.
Mon père note que la Commune de Paris avait traité les juifs en citoyens, sans attendre que la Constituante vote leur émancipation le 28 septembre. Et à ce propos, il précise que sur cinq cents gardes nationaux, cent étaient juifs, et plusieurs étaient officiers.
J'ignore s'il y a eu des juifs dans les armées de la République, mais sous Napoléon I° il y avait plusieurs centaines parmi les soldats, et aussi quelques officiers. Drumont, dans le même chapitre de son livre au sujet de Napoléon, écrit qu'il leur a ouvert les écoles militaires qui leur étaient jusque là interdites, et il cite trois officiers juifs sortis en 18O9, l'un de Polytechnique, les deux autres de Saint-Cyr. Ailleurs j'ai lu qu'il y avait aussi des officiers sortis du rang.
Sous la Restauration on constate également la présence dans l'armée d'un général Wolff, maréchal de camp, commandeur de la Légion d'Honneur, d'un commandant et d'un certain nombre de capitaines, le plus souvent officiers ou chevaliers de la Légion d'Honneur, etc.
Même constatation lors de mes recherches de généalogie. L'un de mes correspondants mentionnait dans ses ancêtres un nommé Emile Hertz, né en 1834, colonel et commandeur de la Légion d'Honneur, et d'un Armand Cerf-Hertz, né en 183O, chef de bataillon, chevalier de la Légion d'Honneur. Ils devaient être dans la carrière militaire entre 185O et 187O ou 8O.
Mon grand père, lors de la guerre de 187O, était sous les ordres d'un officier juif, qui, comme lui, s'appelait Lévy.
Il semble donc bien que tout au long du XIX° siècle il y ait eu un certain nombre d'officiers juifs dans l'armée française, et même un certain nombre d'"officiers supérieurs", suivant l'appellation consacrée, c'est à dire généraux, colonels et commandants.
Ces réflexions me sont venues à l'esprit quand j'étudiais l'affaire Dreyfus en raison de l'idée généralement admise que l'armée constituait un corps fermé aux juifs. C'est ce que je croyais, et c'était probablement vrai, mais il apparaît que ce n'était pas absolu. Une correspondante pense cependant que le Capitaine Dreyfus a dû être le premier à entrer à l'Etat-Major du Ministère de la Guerre, mais cela reste à confirmer.
Cela m'a conduit à penser qu'il y avait très probablement des officiers, et même des officiers supérieurs juifs au temps de l'affaire Dreyfus, et à me demander comment ils avaient vécu au sein de l'armée cette période difficile. Je crois qu'il y a eu un certain nombre de duel, mais je n'en sais pas plus. J'ai voulu m'informer. On m'a conseillé d'aller chercher dans les archives de l'armée à Vincennes. J'ai renoncé. Mais la question m'est restée présente à l'esprit.




Les juifs dans l'Histoire de France
&
L'apport du Judaïsme et des juifs dans notre civilisation
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Depuis le début de ma recherche, je me suis demandé pourquoi, à part l'Affaire Dreyfus et plus tard le nazisme, on ne m'avait pas parlé des juifs dans l'histoire de France. Ni au cours de ma scolarité, ni dans un certain nombre de livres traitant de l'histoire de notre pays. Je précise d'ailleurs, que jusqu'à la mise en chantier de l'histoire de ma famille paternelle, cette question ne m'avait pas effleuré l'esprit. Après ce tour d'horizon, voici ce que j'en pense.
Jusqu'au XIX° siècle, aucun juif, en France, n'est parvenu à un poste de responsabilité notable. D'autre part le nombre de juifs habitant la France, avant comme après la période d'exil, ne représentait qu'un pourcentage infime de la population.
Il est donc normal qu'au niveau de l'Histoire de France avec un grand "H", quand il faut prendre du recul pour ne retenir que l'essentiel des événements, il n'y soit pas fait allusion.
Par contre, on ignore généralement, et moi le premier avant d'entreprendre ce travail, l'importance de l'apport du judaïsme et des juifs à notre civilisation.
L'Eglise Romaine enseignait bien l'Histoire Sainte d'Abraham jusqu'à Jésus, mais comme elle enseignait surtout la vie de Jésus en même temps que la malédiction divine qui doit peser sur les juifs de génération en génération, un chrétien moyen aurait été bien étonné si on lui avait rappelé que sa morale chrétienne était, pour la plus grande partie, héritée de ces juifs maudits. Il a fallu que l'on arrive à une époque très récente pour que l'on commence à parler de morale judéo-chrétienne.
On ignore encore plus ce que les juifs ont apporté au monde dans la Diaspora, surtout dans les pays où ils se sont épanouis. On ne peut en faire l'histoire comme celle d'un peuple dont la vie s'est déroulée dans un seul pays. Max I. Dimont écrit à ce sujet:
"La véritable histoire des juifs reste encore à écrire. Il aura fallu à l'Europe seize cents ans à partir du déclin de la Grèce, pour comprendre tout ce que ses littératures, ses sciences, son architecture devait à la civilisation grecque. Il faudra sans doute quelques siècles encore pour que l'on comprenne tout ce que la civilisation occidentale doit au judaïsme, du point de vue spirituel, moral, éthique et idéologique. En d'autres termes, si tout ce qui meuble la demeure spirituelle de l'homme de l'occident est grec, la demeure elle même est juive. Point de vue que défendent de plus en plus dans leurs écrits hommes d'église et hommes d'étude."
"On ne peut, pour relater l'histoire du peuple juif, ne parler que des juifs, car ils ont pour ainsi dire toujours vécu parmi d'autres peuples et d'autre civilisations. Le destin des Juifs a suivi la même courbe que celui des civilisations au milieu desquelles ils vivaient, sauf sur un point d'une importance capitale. En effet, les juifs sont parvenus à se soustraire au déclin de chacune de ces civilisations, à survivre à leur disparition pour continuer à se développer culturellement dans la civilisation naissante qui la remplaçait.".
Mais, revenant plus spécialement à la France sur ce sujet, je cite Annie Perchenet qui commence l'Epilogue de son livre de la façon suivante:
"Ces juifs présents en France, depuis l'époque la plus reculée, présents même après les expulsions, vivants plus ou moins clandestinement, sans pouvoir célébrer officiellement leur culte, n'ont pas été mêlés à la population française sans que leur influence se fasse sentir:
-Influence religieuse avec les commentaires de la Bible, l'étude du Talmud et des midrashim. Très tôt les exégètes chrétiens ont été stimulés par la science des rabbins qu'ils venaient consulter.
-Influence culturelle, intellectuelle, artistique, économique...Et pourtant, on en parle peu; le plus souvent, les manuels les ignorent et ne mentionne les juifs que pour le prêt à usure.".
Et l'auteur cite ensuite François Mitterand qui écrit dans "L'Arche" de décembre 1983:
"Que de silences....
"Lorsque le 4 mars 1982, j'ai eu le privilège de prendre la parole devant la Knesset, j'ai rappelé comment ma mère m'avait enseigné la Bible: c'était sa lecture quotidienne. Aux sources de la même culture, ce livre de raison du peuple juif me racontait une histoire dont je me suis rendu compte très vite qu'elle était la mienne.
"Et pourtant, que de silences, dans les manuels, sur l'histoire des juifs de France. Comme si aucun juif n'avait vécu, n'avait créé chez nous. Marek Halter nous rappelle dans "La Mémoire d'Abraham", la longue lignée des meuniers à Narbonne, vignerons à Troyes, scribes à Strasbourg, imprimeurs à Paris pendant la Révolution. L'histoire de ma génération, c'est celle du drame juif en Europe, en France. Il est grand temps d'enseigner combien la civilisation en France doit au peuple juif..."


Et pour terminer, je reprends une citation notée par mon père dans "Les Voies d'Israël" d'André Siegfried, à propos duquel il juge utile de préciser qu'il a été "élevé dans la tradition protestante, qui mieux que la tradition romaine, a préservé le contact biblique". En voici le texte:
"Ce que l'hellénisme a été pour nous dans la pensée, le Judaïsme l'a été dans la religion. S'il y a eu "le miracle grec" par lequel l'Occident s'est pour toujours dissocié de l'Orient, il y a eu au même degré ce miracle juif qui nous raccorde à l'immense et primordiale racine asiatique. Car nous ne sommes pas seulement Grecs et Romains par la raison et le sens de l'ordre, nous sommes juifs également par le monothéisme, la loi morale et cette angoisse de justice, cette vocation d'inquiétude et de trouble qui nous vient des prophètes. "L'ordre est une règle, disait Detoeuf, la justice est une passion". Cette conjugaison paradoxale de la régle gréco-latine et de la passion sociale juive distingue l'Occident de toutes les autres civilisations".

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