Pour la mémoire familiale

Famille Histoire Souvenirs & Commentaires

Wednesday, November 23, 2005

Chapitre XVII COMMENTAIRES SUR LA FAMILLE AVEC UN PEU DE RECUL

En racontant l'histoire de la famille comme je viens de le faire, il est difficile de prendre assez de recul pour voir les grandes lignes de son évolution, et pour l'intégrer dans l'histoire du pays.
Si j'ai pu donner une idée des difficultés de la famille au cours de la guerre de 187O, c'est que je disposais d'un certains nombre de détails au niveau de chaque individu, et de précisions sur la façon dont cela a été vécu.
Par contre, j'ai relaté ce que je savais, c'est-à-dire fort peu, de nos ancêtres qui vivaient au XVIIIème siècle et au début du XIXème, et par conséquent je n'ai rien pu rapporter qui permette de savoir comment ils ont vécu les grands événements. Pourtant ils ont dû en vivre certains douloureusement.
Ainsi nos ancêtres ont certainement été touchés par les divers mouvements antijuifs de l'époque révolutionnaire. Il faut se souvenir par exemple que les juifs de l'est furent les premières victimes de la chute de la monarchie. Un climat de violence s'est alors instauré, et un rapport lu à l'Assemblée le 24 août 1789 mentionne que "Les juifs sont chassés de leurs maisons, dépouillés de leurs biens et de leurs vêtements même...". Plus de sept-cents allèrent chercher refuge en suisse. (Patrick Girard).
Plus tard ce sont les guerres de Napoléon, puis la défaite. Ces provinces de l'est sont sur les chemins des invasions. C'est vrai en 1814 comme en 1815. La deuxième fois en particulier des combats meurtriers se déroulent dans la Sarre. Or, la Sarre, c'est, à l'époque, le département français dans lequel était situé le village de Rouhling, tandis que Hellimer et surtout Grosbliederstroff, bien que rattachés au département de la Moselle, sont situés juste à la limite de la Sarre. Aprés l'invasion il y a eu l'occupation par les armés étrangères. C'était les russes en Lorraine, les badois et les saxons en Alsace.
A part l'anecdote de Maman Michel et du cosaque, je n'ai aucune information sur la façon dont le famille a traversé ces événements. Je ne pouvais donc rien intégrer de plus dans mon récit.

Maintenant je veux reprendre avec un peu de recul l'évolution de ces familles Lévy et Dreyfus.
Du niveau social des Lévy à la fin du XVIIIème et début du XIXème, je sais peu de choses. Mon père a écrit que le père de Michel Lévy était rabbin, mais je n'en ai pas trouvé confirmation. D'ailleurs avec les problèmes de noms il reste à son sujet encore un doute, bien minime mais il existe, sur l'ascendance que j'ai retenue.
Ce que je constate c'est que Michel Lévy et Maman Michel, qui vivaient respectivement à Rouhling et Hellimer, ont été s'installer à Grosbliederstroff après leur mariage. Là, d'après l'état-civil, Michel Lévy est marchand sans autre précision, puis épicier. Ils restent dans ce village moins de dix ans, et ils partent à Reims avec sept enfants entre un et dix ans. Je retrouve Michel Lévy dans cette ville comme commerçant, et, apparemment, c'est un petit commerçant. On peut donc supposer que s'ils ont quitté ainsi Rouhling, Hellimer et Grosbliederstroff, où beaucoup de juifs ont continué à vivre au cours du XIXème siècle, c'est que rien ne les retenait en particulier au plan de la situation sociale.
A Reims donc, Michel Lévy est marchand, et il meurt en 1849. Maman Michel reste, semble-t-il, dans des conditions difficiles. A la mort de son mari elle a au moins neuf enfants, dont deux âgés de dix et douze ans, cinq filles entre quatorze et vingt-deux ans, auxquels s'ajoute peu après Arthur, son petit fils orphelin.
Toute la famille vit de petits métiers: Maman Michel est mercière, Célestine est couturière ainsi que Caroline, tandis que Catherine est "rentrayeuse" (stoppeuse), puis épicière.
J'imagine donc un milieu laborieux, vivant assez difficilement.
Et puis il y a des faits, à propos desquels je me suis posé beaucoup de questions. Mes deux arrières grands-mères, filles de Maman Michel, sans être mariées, ont chacune un enfant, mon grand-père et ma grand-mère. Mon grand-père reste fils d'un père inconnu à propos duquel mon père ècrit qu'il est mort avant la naissance de son fils. Ma grand-mère, elle, semble avoir été reconnue par son père à sa naissance, mais ses parents ne se marient que six ans plus tard. Cela m'a paru surprenant dans une famille qui avait des régles de vie très strictes dans la tradition judaïque.
Autre question à propos de ces Lévy. C'est un milieu modeste, qui apparemment, ne joue pas un rôle important dans la société. Pourtant mon père souligne avec insistance le respect de la communauté juive qui a entouré Maman Michel jusqu'à la fin de ses jours. Il explique cela en rappelant qu'avec son mari le ménage accueillait les juifs de passage. Mais son mari est mort quarante ans avant elle; les gens auraient oublié. Je peux donc supposer qu'elle a continué à marquer son entourage par une vie exemplaire, non seulement pour sa famille, mais pour toute la communauté.

Chez les Dreyfus la situation et l'évolution sont très différentes. Je les ai trouvés à Fröningen au milieu du XVIIIème siècle, et je peux supposer qu'ils y étaient avant. Je les retrouve au même endroit en 187O, et il faut le rattachement de l'Alsace à l'Allemagne en 1871 pour les faire partir. Seul mon bisaïeul Jacques Dreyfus est parti dix ans avant à Reims où vivait sa femme, quand il s'est marié,.
Il semble d'autre part que la situation sociale soit plus aisée que chez les Lévy.
Le premier dont j'ai pu situer la profession est Isach Dreyfus né en 1766, qui était marchand de bestiaux. Or nous savons que chez les juifs dans l'est de la France, c'est le métier le plus rémunérateur.
Dans les enfants de cet Isach Dreyfus qui sont nés entre 1795 et 18O4, on trouve encore trois marchands de bestiaux. A cette génération, notre ancêtre direct Lehmann est revendeur, ce qui ne situe pas son niveau social.
De la génération suivante qui vient au monde entre 1829 et 1843, je ne sais rien jusqu'à la guerre de 187O, sauf en ce qui concerne mon bisaïeul. Mais quand je les retrouve au moment du rattachement des provinces de l'est à l'Allemagne, ils semblent tous plutôt en bonne situation: il y a celui qui reste en Allemagne en raison de son usine de tabac, et ceux que l'on retrouve à Remiremont paraissent avoir des situations correctes, fabriquant de savon, fabriquant de cordes, ou commerçants avec des activités rentables. Seul Jacques a choisi le négoce de tissus ambulant, mais dans une certaine aisance, et on le retrouve même propriétaire, ou au moins intéressé dans un atelier de tissage du nord de la France, avant de devenir industriel à Reims.
Avec les Dreyfus on a donc l'impression d'une famille bourgeoise, bien implantée dans un village d'Alsace où ils devaient jouir d'une certaine notoriété.




Ceci termine ce que je sais, en décembre 1992, de la famille de mon père avant mes grands-parents.

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