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Famille Histoire Souvenirs & Commentaires

Wednesday, November 23, 2005

Chapitre XIV LES LEVY AU XIX° SIECLE

-L'imbroglio des Lévy et des Mendel.
Chez les Lévy le personnage central au XIX° siècle, c'est une femme, "Maman Michel". J'expliquerai plus loin pourquoi.
Maman Michel, c'est Caroline Lévy, femme de Michel Lévy, et bisaïeule de mon père. Mon père l'a bien connue, mais seulement sur ses vieux jours puisqu'elle avait soixante quinze ans à sa naissance.
Il écrit: "Maman Michel était très peu prolixe et je ne l'ai jamais entendu parler de ses parents. J'aurai résumé tout ce que j'ai pu entendre, quand j'aurai dit que la famille était nombreuse. Le père étant soldat de l'Empire, elle l'a peu connu. Il venait au repos, nous dirions en permission, très irrégulièrement,et pour de durées très irrégulières s'espaçant de quelques semaines à quelques mois. qui souvent se traduisaient par la naissance d'un petit frère ou d'une petite soeur. De cette famille nous n'avons jamais connu personne d'autre que les cousins Mandel, cousins dont j'aurai à parler plus loin." Ailleurs il précise qu'elle était née Mendel (ou Mandel) au début de XIXème siècle, et qu'elle avait sept frères et soeurs.
Lorsqu'après la mort de ma mère j'ai demandé à mon père d'écrire l'histoire de sa famille, lui, qui connaissait la date et le lieu de naissance de sa bisaïeule, a écrit à la mairie pour obtenir son acte de naissance. On lui a répondu qu'on ne le trouvait pas. Il a alors eu l'idée de recourir aux "déclaration d'option pour la nationalité française" qu'ont dû faire les alsaciens-lorrains après la guerre de 187O. Pour cela il a écrit successivement à la mairie de Reims où habitait Maman Michel à l'époque, au Tribunal d'Instance de Reims, au Ministère de la Santé et de la Population. Tous lui ont répondu. La mairie pour le renvoyer au Tribunal, lequel l'a envoyé au Ministère.....qui l'a dirigé sur le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice...et tout cela sans résultat.
Je ne m'étais pas attardé à ces difficultés, et j'avais rapidement écrit cette partie de l'histoire de la famille avec les informations de mon père. Plus tard je suis allé aux Archives Départementales de la Moselle à Metz chercher des précisions pour mon récit, en particulier sur son mari et sur ses enfants né en Lorraine.
C'est là que j'ai trouvé l'acte de mariage de Caroline et de Michel Lévy, et que j'ai pu vérifier qu'elle était bien née aux lieu et date indiqués par mon père, mais par contre qu'elle s'appelait à sa naissance Grondel Lévy et non Caroline Mendel.
Pourtant j'était sûr que mon père n'avais pas inventé cela puisque je pouvais vérifier d'après des pièces d'état-civil que les Mendel qu'il avait connus étaient bien les neveux et petits-neveux de Maman Michel. Alors, où était la réponse? Après beaucoup de réflexions et de recherches, j'ai fini par découvrir plusieurs choses.
D'abord que Maman Michel avait une soeur, Catiche Lévy qui avait épousé un Salmon Mendel, que ce ménage avait eu sept enfants, dont certains descendants étaient bien ceux qu'avait connu mon père. Ceux-ci étaient donc bien les neveux et petits-neveux de Maman Michel, mais par sa soeur et non par un frère.
Ensuite je notais que les Lévy et les Mendel avaient vécu de façon extrêmement proche, en Lorraine comme à Reims, et cela pendant plusieurs générations. Mon père, pendant son enfance, l'avait ressenti comme une parenté très proche, et c'est ce qui apparaît dans ses écrits.
J'ai appris aussi que Maman Michel avait perdu sa mère à quatre ans et que son père s'était remarié six ans plus tard. Il est alors possible qu'elle ait été élevée par une soeur ou un frère aîné, dans une famille amie, peut-être chez des Mendel? Et peut-être y avait-il là un chef de famille qui était soldat de l'Empire? Ce ne sont là qu'hypothèses. Pourtant, ayant vérifié la précision de la mémoire de mon père, je pense que s'il a raconté cette histoire de soldat de l'Empire, c'est qu'il l'a entendu dans son enfance.
Si ces problèmes ont compliqué ma recherche et m'obligent à réécrire cette histoire de la famille, je note qu'ils n'altèrent en rien l'ambiance de ce que mon père a rapporté de cette époque.
-Maman Michel.
Du côté Lévy, je vais d'abord raconter ce que je sais d'une femme, Caroline Lévy, dite "Maman Michel". Une bonne partie de l'histoire de la famille au XIX° siècle s'articule autour d'elle, à la fois parce que c'était une forte personnalité, mais aussi parce qu'en raison de circonstances difficiles et successives elle est largement intervenue dans l'éducation de trois générations en ligne directe. En effet elle a d'abord élevé ses enfants, dont deux filles seront un jours les deux grands-mères de mon père. Ensuite elle a eu en charge l'éducation de deux de ses petits-enfants qui allaient devenir les parents de mon père. Enfin elle a élevé pendant sept ans mon père, qui était son arrière-petit-fils.
Maman Michel est née le 2 février I8O2 à Hellimer, près de Sarreguemines en Moselle. A sa naissance elle s'appelle Grondel Lévy, mais ensuite on ne la connaîtra plus que sous le prénom de Caroline, y compris dans son acte de mariage, les actes de naissance de ses enfants, etc.
Elle a perdu sa mère en 18O6, elle avait quatre ans. Comment se passe sa jeunesse? Par qui a-t-elle été élevée? Je l'ai dit, je l'ignore. Mon père raconte qu'elle a été marquée par les invasions de 1814 et 1815. En particulier elle se souviendra toute sa vie d'un cosaque qui l'a jetée à terre d'un violent coup de poing parce que, émue, elle lui avait apporté un verre d'huile au lieu d'un verre d'alcool. Elle avait douze ans.
Elle se marie à Hellimer le 3 juillet 1826 avec Michel Lévy (voir son acte de mariage en annexe). Le ménage vit d'abord à Grosbliederstroff et, vers 1835, part s'installer à Reims. Elle est veuve en 185O et en 186O je la retrouve comme mercière à Reims. Plus tard ses enfants l'emmenent à Paris où elle subit le siège de 187O. Ensuite retour à Reims où elle meurt le 24 décembre 1889, âgée de près de quatre vingt huit ans.
J'aurai à reparler souvent d'elle dans les pages qui suivent.
-Le mari de Maman Michel.
Michel Lévy est né à Rouhling près de Sarreguemines le 7 novembre 1799. Mon père raconte qu'il était imprimeur, ce que je rapproche du journal local de Rouhling qui écrit que les Lévy, dans ce village, étaient relieurs ou joueurs de violon. Pourtant je lis sur les différents actes de naissance de ses enfants, tant à Grosbliederstroff qu'à Reims, qu'il était marchand, mais ce n'était pas forcément contradictoire.
D'après l'acte de mariage de sa fille Catherine il serait mort à Reims le 26 avril 1849, et mon père rapporte que c'était lors d'une épidémie de choléra. Mais la mairie de Reims n'a pas retrouvé son acte de décès.
Le cas de Michel Lévy donne une image des problèmes de nom que l'on rencontre encore chez les juifs bien des décennies après les décrets de Napoléon. Pour l'exemple, je donne le détail de cette évolution.
- 1799, pas d'acte de naissance, j'ignore son nom à ce moment,
- 18O8, décret Napoléon, Meyer LEVY devient Michel MAYER,
- 1826, sur l'acte de mariage, il est Michel LEVY, "dit vulgairement "Mayer LEVY",
- 1827 à 1834, Michel LEVY sur les actes de naissance de ses cinq enfants nés à Grosbliederstroff,
- 1837 et 1839, Michel MAYER sur les actes de naissance de deux enfants nés à Reims,
- 1849, faute d'acte de décès j'ignore le nom porté à l'état-civil,
- 1856, Mayer LEVY sur l'acte de décès d'une de ses filles à Reims,
- 1889, Michel LEVY sur l'acte de décès de sa femme,
- 1912, Michel LEVY sur l'acte de décès de sa fille Catherine.
Comme il est mort en 1849, on voit que les changements ont continué après son décès. Cela a finalement été réglé par une décision du Tribunal de Reims en 1867, dix sept ans après sa mort, pour retenir le seul nom de Michel LEVY, et décider la rectification des actes antérieurs et le nom de ses enfants nés sous le nom de MAYER.
Je dois tout de même préciser que c'est le cas extrême que j'ai rencontré dans les variations de nom.
-Les parents de Maman Michel.
Le père de Maman Michel était Hirch LEVY, né vers 176O, probablement à Hellimer.
A son sujet je n'ai que peu d'information. D'après des actes d'état-civil, il était boucher lors du décès de sa première femme en 18O6, "trafiquant" lors de son second mariage au début 1812, marchand de bestiaux à la fin de la même année lors de la naissance d'un fils né du second mariage, et commissionnaire lors du mariage de sa fille Caroline en 1826.
La mère de Maman Michel, Guéllé LEVY, est née vers 1766, et morte le 13 août 18O6, à quarante ans, son mari ayant alors quarante six ans.
Les quelques informations qu'a laissées mon père sur les parents de Maman Michel, ne s'appliquent pas à eux. Mais je pense qu'il ne les a pas inventées et je peux supposer qu'elles concernent ceux qui l'ont élevée et qu'il est intéressant de rapporter ce qu'il en disait.
D'après son récit, Maman Michel a peu connu son père, qui était soldat, ou au mieux sous officier, dans les armées de Napoléon. Elle ne le voyait que lors de permissions irrégulières et de durées très variables. Mon père explique qu'il s'était engagé, parce que cela permettait de faire émanciper l'ensemble de la famille et d'échapper au décret suspendant l'émancipation des juifs pour dix ans.
En ce qui concerne la mère de Maman Michel, mon père pense qu'elle tenait un magasin d'alimentation, destiné surtout aux ménages juifs, aux environs de Sarreguemines. Il s'y ajoutait peut-être un bar, ce qui est une supposition en raison de l'histoire du cosaque.
-Les parents de Michel Lévy
D'après la tradition familiale, le père de Michel Lévy était rabbin. Mon père n'en savait pas plus.
Sur la déclaration des noms de 18O8, il est Lévy MEYER et devient Léopold MEYER. Sur l'acte de mariage de son fils, il est Liono LEVY, dit vulgairement Leib LEVY. Sur les actes de naissance de ses enfants il est tantôt Lévy MEYER, tantôt Léopold MEYER. Pour mon travail j'ai retenu le nom de Lion LEVY, le "o" de la fin ne pouvant être qu'une fantaisie de scribe.
L'acte de mariage de Maman Michel m'a appris qu'il était né en 1777, probablement à Rouhling, où je le retrouve de 18O5 et 1826. A cette dernière date, l'acte mentionne qu'il est propriétaire. Il n'est pas question de rabbin, mais ce n'est peut-être pas incompatible, et la vie de Michel Lévy, que je raconterai plus loin, tend plutôt à confirmer ce que dit mon père.
J'ai trouvé la mère de Michel Lévy dans la déclaration de noms de 18O8 sous le nom de Zerlen LIEBMANN, qui devient Elisabeth LIEBMANN. Dans l'acte de mariage de son fils Michel elle est Sara LIEBMAN, dite vulgairement Zerle LAZARD. Sur les actes de naissance de ses enfants, elle est tantôt Zerle LAZER, tantôt Elisabeth LIEBMANN, tantôt Sara LASAR, ou encore Sarra LIEBMANN. Pour mon travail, j'ai retenu Zerlen LIEBMANN.
Elle est née en 1775, fille de Liebman Lazard et Siesel Lévy, que vous retrouverez sur l'arbre généalogique.
Le ménage semble avoir vécu à Rouhling jusqu'aux environs de 183O, époque à laquelle le bulletin municipal situe le départ des derniers juifs de ce village pour une question d'école. Ensuite j'ignore où ils sont allés.
Je ne sais rien de plus.
-Les frères et soeurs de Maman Michel.
Je lui connais trois frères et soeurs, Treinel ou Brunette, née en 1793, Caillé ou Catiche née en 1795, et Manassé né en 1798, donc tous plus âgès qu'elle. De Treinel et Manassé je ne connais que la date de naissance et je sais qu'ils étaient vivants en 18O8. Je n'ai quelques informations que pour Catiche LEVY, dont j'ai déjà parlé.
-Les frères et soeurs de Michel Lévy
J'ai retrouvé cinq frères et soeurs tous nés à Rouhling: Kaylen ou Charlotte née en prairial an X (18O2), Lion ou Leib ou Louis né le 13 messidor an XIII (18O5), Benoit né le 16 août 18O9, Aron né le 14 décembre 1812 et Judith née le 16 août 1815. je ne suis pas sûr que cette liste soit exhaustive, et je ne sais rien de plus.
-Les enfants de Maman Michel et de Michel Lévy
Maman Michel et Michel Lévy ont eu huit enfants dont j'ai connaissance. Sauf Daniel, qui, d'après mon père, serait l'aîné, et pour lequel je n'ai aucun document, j'ai des renseignements assez précis sur les sept autres. Cinq sont nés à Grosbliederstroff: Célestine (Gotto ou Gothon) le 2O/1O/1827, Caroline le 4/1O/1828, Catherine le 23/8/1829, Michel le 1O/1O/1831, Pauline le 18/1/1833 et Fannie le 14/1/1834. Deux autres sont nés à Reims, Benoit le 5/4/1837, et Elisa le 18/6/1839.
Comme je l'ai déjà mentionné, Célestine et Catherine sont respectivement les deux grands-mères paternelle et maternelle de mon père. Je parlerai d'elles à nouveau plus loin.
Caroline est morte en 1858, à trente ans, à Reims, apparemment célibataire. De Michel et Fannie je ne sais que la date de naissance. Aucun des trois n'est mentionné dans les souvenirs de mon père.
Pauline a été mariée à un certain Manassé Dreyfus, sans rapport, à ma connaissance, avec les autres Dreyfus de la famille. De Reims, où elle était avec ses parents, elle part à Paris où elle rejoint son frère Benoit. Elle était couturière, et dans les années 186O elle fait de la confection pour le Bon Marché.
Son nom revient dans l'histoire de la famille presque chaque fois que l'un ou l'autre fait un voyage de Reims à Paris, et il semble qu'elle en a hébergé un certain nombre. Des années 187O jusqu'à sa mort en 1916 elle a habité, sans interruption semble-t-il, au 14 rue Clocheperse. J'ai été voir cet immeuble et cette très petite rue, fort sympathique, qui donne sur la rue de Rivoli.
Elle est morte à Paris en 1916, âgée de soixante treize ans. Elle est enterrée au cimetière de Pantin, avec mes grands parents et mon père.
Au sujet des deux garçons je sais que, sous le Second Empire, Daniel a participé à la guerre de Crimée (1854/55), et Benoît à la campagne d'Italie (1859), ce qui faisait ironiser Maman Michel sur Badinguet (Napoléon III), qui avait proclamé que l'Empire c'était le paix.
Daniel, Benoît et Pauline sont venus à Paris vers 186O. Daniel était lithographe, Benoît était artiste dans la gravure sur pierre lithographique. Mon père avait je crois des ouvrages illustrés avec des gravures de Benoit, mais je n'ai rien retrouvé.
C'est Benoit qui a fait venir sa soeur Pauline, et l'a introduite au Bon Marché. Plus tard ils firent venir Maman Michel accompagnée de leur soeur Elisa.
De cette Elisa, mon père écrit qu'elle était "peu flattée par la nature", et qu'elle est restée confinée dans le rôle de servante au sein de la famille.
Avec elle, Maman Michel emmenait à Paris ceux de ses petits-enfants qu'elle élevait, Arthur Lévy et Cécile Dreyfus, qui allaient devenir les parents de mon père.
Benoît avait fréquenté les loges maçonniques, puis avec son frère Daniel et un cousin Joseph Mendel, ils avaient adhéré à la première Internationale de Karl Marx. Ceci à l'insu de la famille. Plus tard on s'était étonné d'un voyage de Benoît à Londres au nom de la Fédération du Livre. Mais personne n'en avait rien conclu.
J'ignore comment les deux frères et le cousin ont passé la guerre de I87O, mais je sais qu'au moment de la Commune ils se sont trouvés très compromis dans les milieux de l'insurrection. Aussi devant la tournure que prirent les événements, ils partirent tous trois au Havre où ils s'embarquèrent comme manoeuvres à bord d'un cargo. C'est ainsi qu'ils se retrouvèrent à Rio de Janeiro (ou Valparaiso? mon père donne les deux noms dans des textes différents). Benoît et le cousin Mendel sont revenus dès qu'une loi d'amnistie fut votée avec la Constitution de 1875. A leur retour ils étaient aussi pauvres qu'au départ, et on peut noter que par la suite ils ne furent jamais inquiétés. Je ne sais rien d'autre à leur sujet. Daniel, lui, s'est marié là bas et y est resté. Il a donné quelques rares nouvelles jusqu'à la mort de sa mère et puis plus rien.
-La religion chez Maman Michel et Michel Lévy
Dans la vie de Maman Michel et de Michel Lévy la religion a toujours tenu un rôle très important. Mon père note qu'au début du XIX° siècle certaines familles de cette communauté ashkénase pratiquaient encore "sans avoir accepté aucun modernisme, le rite antique d'Israël". Et, comme exemple du respect de la tradition, il raconte que Maman Michel, le soir de son mariage, à vingt quatre ans, avait coupé ses cheveux définitivement et "adopté le bandeau de velours noir et le bonnet opaque de dentelle". Mon père a passé sa prime jeunesse près de Maman Michel. Il l'a toujours vue la tête couverte, et il écrit que, quand sa fille Elisa la coiffait, il lui était formellement interdit d'entrer. Chez elle on ne mangeait que la viande apportée par sa fille Catherine Dreyfus, la grand-mère de mon père, la seule à qui elle faisait confiance. Cette viande qui avait été sacrifiée, et non abattue, passait une heure dans le sel, puis une heure dans l'eau. Mon père en avait gardé un très mauvais souvenir.
Quand le ménage de Michel Lévy est venu s'installer à Reims vers 183O, il n'existait aucune communauté israélite organisée. Etant tous les deux très pratiquants ils ont mis en place chez eux le culte du sabbat pour la communauté locale, d'ailleurs peu nombreuse. Mon père écrit que le rituel juif permet à tout croyant d'officier, on le dit alors ministre officiant. C'est ce que fait bénévolement Michel Lévy lui même fils de rabbin. Mon père rappelle à ce sujet que le rabbin est un éducateur qui ne fait pas l'objet d'une ordination comme chez les catholiques, et sa présence n'est pas indispensable pour pratiquer le culte.
Ils avaient chez eux, sous forme de livres, les tables de la loi qui traditionnellement sont en rouleaux recouverts de robes somptueuses. Ces livres mon père les a vu plus tard chez sa grand-mère Dreyfus, fille de Maman Michel. C'est la Thora dont j'ai déjà parlé.
Ils recevaient chez eux la communauté juive de la ville, mais aussi ceux qui, beaucoup plus nombreux, passaient à Reims, pour convenances personnelles ou pour leur travail, mais plus encore pour chercher du travail. Maman Michel se trouvait ainsi, vis à vis des juifs de passage, dans une situation analogue à celle de la "mère" chez les Compagnons du tour de France. C'est probablement ce qui lui a valu cette appellation de "Maman Michel" que mon père, plus tard, a entendu dans les bouches les plus inattendues d'industriels ou négociants aux situations enviables. Ils n'avaient pas oublié celle qui les avait accueillis à leur arrivée.
Beaucoup plus tard, Maman Michel se trouve à Paris lors du siège de 187O. Alors, dans l'impossibilité de se nourrir normalement en respectant les régles de la religion, elle se contente de légumes si c'est possible et sinon, peut être le plus souvent, d'herbes et d'orties. Et quand mon grand-père, soldat, apporte à la maison, à différentes reprises, ce met rare qu'était la viande fraîche, elle s'interdit d'y toucher.
Dès la fin du siège, sa fille Catherine la ramène à Reims. Plus tard, quand mon père l'entendra parler du siège de Paris et de la famine qu'elle a enduré, il remarquera qu'elle n'ait pas oublié le cosaque de sa jeunesse, et qu'elle mettait au même rang "cosaques" et "prussiens".
C'est à Reims, quelques années plus tard, que mon père, enfant, a vu sa bisaïeule âgée, ne pouvant plus aller à la synagogue, recevoir chaque samedi de nombreuses visites et souvent le rabbin. Et au jour de l'an juif toutes les personnalités et anciens de la communauté défilaient pour la saluer.
De la mort de Maman Michel mon père a gardé le souvenir du témoignage de respect que tous les membres de la famille, plus ou moins croyants, ont tenus à lui rendre, et pour cela se sont fait un devoir de respecter les rites anciens. C'est ainsi que, selon la tradition juive, les descendants mâles lui ont successivement tenu le pied à pleine main en lui demandant pardon des fautes commises envers elle. Cet hommage lui a été rendu par son fils Benoît, par son petit-fils Arthur et par son arrière petit-fils Georges, mon père, qui n'avait alors que treize ans.
-Les Mendel.
La parenté avec les Mendel remonte donc à la génération de Maman Michel, quand sa soeur, Catiche a épousé, à Hellimer le 25/1/1825, Salmon Mendel qui habitait alors Grosbliederstroff.
Je leur connais sept enfants dont six nés à Grosbliederstroff: Beilgen le 27/11/1825, Michel le 19/1O/1827 et décédé six semaines plus tard, Salomon le 5/11/1828, Meyer le 14/4/1831 et décédé deux ans après, Goton le 17/4/1834, Abraham le 1/4/1836, et le septième, Jacob né à Reims le 27/12/1841.
Dans ses écrits, mon père mentionne à différentes reprises deux frères, Alphonse et Joseph Mendel, parce que leurs descendants ont interféré dans sa vie. Ces Mendel, j'ai eu beaucoup de mal à les situer avant de comprendre qu'Alphonse et Abraham n'était qu'une seule et même personne, et qu'il en était de même pour Joseph et Jacob. Je reparlerai de ces deux frères, par contre j'ignore ce que sont devenus les autres enfants de Salmon et Catiche, cette Catiche ou Catige ou Katiche que l'on appelait aussi souvent Catherine Mendel.
Joseph Mendel, né en 1841, que mon père a connu, est entré comme employé dans une maison de tissus. Il est devenu fondé de pouvoir et à la mort de son patron il est devenu l'associé de la veuve, ce qui était tout à fait justifié, car l'affaire avait décuplé, grâce à son travail. Mais le surmenage l'a conduit à la dépression vers la cinquantaine. Mon père se souvient de sa femme, la tante Henriette, distinguée et autoritaire, qui était la grande dame de la famille. Elle ne fréquentait que la grand-mère de mon père, Catherine Dreyfus, dont je parlerai plus loin, parce que c'était la seule à avoir une situation équivalente. Joseph et Henriette ont eu plusieurs enfants dont l'aîné, Gustave, fit de brillantes études. Sorti de l'Ecole Normale avec une agrégation d'histoire, il fut nommé professeur à l'Ecole Française d'Athénes. Ensuite il a été, à deux reprises, chargé de missions archéologiques, d'abord en Grèce puis en Asie Mineure, et ses rapports ont été publiés aux frais de l'Etat. Nous aurons l'occasion de reparler de lui.
L'autre neveu de Maman Michel, Alphonse, né en 1836, était lithographe, et mon père l'a connu dans son petit atelier artisanal. Il a eu la chance d'avoir un fils, Salomon, qui à sa sortie de l'école commerciale est entré aux Champagnes G.H.Mumm. A la suite d'un ensemble de circonstances favorables, il devint secrétaire particulier de l'un des copropriétaires, puis l'un des fondés de pouvoir de la firme. A partir de là l'atelier de lithographie d'Alphonse Mendel a reçu les commandes d'étiquettes des Champagnes Mumm, ce qui lui a permis de s'équiper. Alphonse eut ainsi la plus grosse affaire de lithographie de la région.
Cette branche de la famille avait alors le vent en poupe.
-Quelques remarques sur les rapports entre les Lévy et les Mendel.
Si je me situe à la génération de mon père, le lien de parenté avec les Mendel est déjà assez éloigné. C'est la soeur de sa bisaïeule, c'est à dire son arrière grand-tante, qui a épousé un Mendel. Pourtant mon père parle toujours de ces Mendel comme des cousins très proches. Cela m'a posé suffisamment de problèmes pour que je regarde les choses de plus près, et j'ai fait un certain nombre de constatations.
Michel Lévy habitait Rouhling lors de son mariage le 3/7/1826. Peut-être le ménage a-t-il commencé par vivre dans ce village, mais dès la naissance de leur première fille Gotto (Célestine), le 2O/1O/1827, on les trouve a Grosbliederstroff, où la soeur de Maman Michel est installée depuis 1825 avec son mari originaire de ce village. Il ne semble pas que ce soit par hasard que les Lévy soient allé rejoindre les Mendel. Ensuite, par la naissance de leurs enfants, on voit que les Lévy ont été s'installer à Reims entre janvier 1834 et septembre 1837, tandis que les Mendel ont pris la même direction entre avril 1836 et décembre 1841. C'est à dire à la même époque, et peut-être même ensemble.
Mais il y a encore plus symptomatique. En 1841, à la naissance de son fils Jacob, sa mère, Catiche Mendel habite à Reims à la même adresse que sa soeur, Maman Michel, 192 rue Vesle. Et vingt ans plus tard, en 186O, lors du mariage de Catherine Lévy, on retrouve Maman Michel, veuve, à la même adresse que le mari de Catiche, cette fois au 67 de cette même rue Vesle à Reims ( à cette date, j'ignore si sa femme Catiche vit encore).
Au plan professionnel, j'ai dit d'après le journal local de Rouhling, qu'au XVII°/XVIII° siècle les Lévy étaient relieurs ou joueurs de violon. De Michel Lévy, même si ce n'est pas confirmé par les mentions sur l'état-civil, mon père écrit qu'il était imprimeur. A propos des fils de Michel Lévy, j'ai mentionné que Daniel était lithographe, et Benoit artiste dans la gravure sur pierre lithographique. Même si ce n'est pas précis, on a l'impression qu'il y a une espèce de tradition familiale dans l'édition. Je le mentionne ici, car on trouve également avec eux à Reims, Alphonse Mendel, qui est imprimeur lithographe.
En constatant cette proximité entre les Lévy et les Mendel, on peut comprendre que mon père ait rapporté cela de telle façon que je l'ai ressenti comme un cousinage très proche. On peut comprendre aussi le mal que j'ai eu à faire le point de la situation.


Fin avril 1993 : Au moment où je vais envoyer tout ce travail à tirer et relier, je reçois un document que je veux mentionner.
J'ai parlé du père de Maman Michel, Hirch Lévy, né vers 176O, fils de Mannès Lévy et de Bremle Lévy. cette filiation est clairement établie par les actes d'état-civil.
Je reçois maintenant la Déclaration des Noms de 18O8 pour le village d'Hellimer. Ce document retrouvé très récemment confirme le nom d'Hirch Lévy ainsi que sa filiation descendante, sans rien mentionner de sa filiation ascendante. Mais le commentaire précise que Hirch Lévy a signé ce document en hébreux sous le nom de "Tsevi bar Menahem Segal", ce qui pourrait signifier, mais je ne l'ai pas vérifié, Tsevi fils de....
Alors son père d'Hirch Lévy s'appelle-t-il Mannès Lévy ou Menahem Segal? Si c'est le deuxième nom, est-ce que cela relève d'une tradition? marque une origine? si oui laquelle? séfarade, car Segal me fait penser à la consonance Vidal? ou polonaise? ou autre?
Sur ce même relevé je trouve un Jacob Lévy qui signe Yaakov bar Menahem Segal. Est-ce un frère de Hirch? Si oui pourquoi ce passage de Segal à Lévy?....Mais comme il faut en finir, je termine sans conclure.
Décidément la filiation Lévy n'est pas une chose simple.

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