Chapitre IX LA REVOLUTION ET LE DIRECTOIRE
Chapitre IX
LA REVOLUTION ET LE DIRECTOIRE
-Ma rencontre avec cette période de l'histoire.
Essayant de comprendre cette période qu'a vécue la famille dont j'ai retrouvé la trace, j'ai d'abord noté, ponctuellement, et de façon dispersée dans différents ouvrages, des faits qui contredisaient ce que je savais de l'histoire officielle. Puis j'ai trouvé des ouvrages plus précis qui s'efforçaient de rétablir la réalité de l'histoire. D'abord "L'histoire des Juifs de France" d'Annie Perchenet, auteur chrétien, et surtout les livres de Patrick Girard, auteur juif.
Si mes lectures précédentes m'avaient permis de comprendre comment l'Eglise catholique avait déformé l'histoire des juifs dés les premiers siècles de l'ère chrétienne, je découvrais maintenant, que l'Etat laïque et républicain l'avait, à son tour, bien arrangée pour magnifier la Révolution aux dépends de la Royauté et de l'Empire. Plus surprenant encore, j'ai découvert que l'historiographie juive, pour d'autres raisons, a déformé l'histoire dans le même sens que l'Etat républicain.
-La France des communautés.
En essayant de comprendre la situation des juifs dans la France de cette époque, je me suis demandé comment les "communautés" juives pouvaient s'intégrer dans l'organisation de la société. Et je me suis rendu compte que la France comme les autres pays occidentaux d'alors n'était qu'un assemblage de communautés, chacune ayant des usages, des droits et des devoirs souvent très différents. En fait des groupes de gens le plus souvent originaires d'une même région avaient leur vie régie non seulement par des traditions particulières, mais aussi par des traités résultant de conquêtes successives ou d'annexions par mariages auxquelles s'ajoutaient les dispositions prises par lettres patentes cas par cas.
Mais cela allait encore plus loin. Les Etats dans l'Etat étaient nombreux, corporations régissant une partie de l'économie, parlements dominés par la noblesse de robe et opposés à l'autorité royale. Mais aussi l'existence de nations picarde, bretonne, gasconne, montrait l'extrême vigueur des particularismes locaux avec leurs implications politiques et juridiques.
J'ai pu me rendre compte de l'ampleur de tels particularismes dans une histoire du peuple basque que m'a prêté mon ami Tonio. on imagine difficilement de telles différences avec l'image que l'histoire officielle nous a donné de cette époque.
Si les rois avaient voulu de façon continue réaliser l'unité de la France, il étaient loin d'y être parvenu. Le sentiment de nation française était inconnu, et les gens étaient plus attachés à leur communauté, éventuellement au Roi, que solidaires du royaume.
Et dans cet assemblage où l'on trouvait des modèles de société et des organisations du pouvoir si différents, les communautés juives ne constituaient que des cas parmi beaucoup d'autres, et non de véritables exceptions comme il m'avait d'abord semblé.
-La situation morale des juifs en France.
Dans le chapitre précédent j'ai décrit l'état des communautés juives en France avant la Révolution. J'y reviens pour situer plus précisément leur situation morale et la façon dont ils étaient perçus par le reste de la population. Cela, en effet va avoir une grande importance sur l'évolution du problème juif au cours de la Révolution et même longtemps après.
Les juifs du sud-ouest, assimilés à la population, vivent sans problème notable. Le sort des juifs des Etats Pontificaux est moins enviable, mais nous verrons qu'il va évoluer dans de bonnes conditions.
Il n'en est pas de même pour les juifs de l'est pour toutes les raisons que j'ai déjà énumérées.
Pour apprécier l'attitude des populations de Lorraine, Jean-Bernard Lang, dans "Les Cahiers Lorrains", donne une analyse des cahiers de doléances. Il en résulte une image très nuancée.
A Metz, où réside la communauté juive la plus importante, c'est la tolérance qui domine. Les cahiers du clergé ne mentionnent pas les juifs, les cahiers de la noblesse demandent l'égalité pour tous les régnicoles, donc pour les juifs comme pour les autres, et le Tiers se limite à demander des moyens de rendre les juifs plus utiles. On trouve également un esprit de tolérance à Lunéville et dans un petit nombre de communes.
Partout ailleurs apparaissent des plaintes contre l'usure des juifs. Les moins virulents assortissent leurs revendications de considérations qui relativisent leurs positions, ainsi: certains demandent de réglementer l'usure, mais sans l'interdire aux juifs; d'autres mentionnent que les juifs font de l'usure, mais qu'ils ne sont pas les seuls; d'autres encore accompagnent leurs plaintes contre les juifs d'attaques aussi violentes contre les seigneurs qui les ont fait venir par intérêt.
Une position plus dure apparaît chez ceux qui demandent à la fois des mesures contre l'usure et pour arrêter l'accroissement démographique par l'interdiction d'installation des étrangers, et par une limitation des mariages pour ceux qui sont installés.
Mais dans de nombreux cas les positions antijuives sont très dures, avec toujours le motif prioritaire de l'usure. On lit comme commentaires qu'ils sont " la ruine du peuple, la peste de la province et le chancre de l'Etat, la limite de leur usure étant l'impossibilité de recevoir davantage." et l'on souhaite "que la France soit une maison de force pour les juifs, par religion ennemis du bien public". Certains demandent des expulsions, l'un se limite à une famille, l'autre l'étend à tous les juifs de la commune, mais demande seulement de les envoyer à Metz, mais d'autres veulent aller plus loin, par exemple ceux qui veulent les reléguer dans une île inculte, après leur avoir appris à cultiver le terre.
Je n'ai pas d'analyse comparable pour l'Alsace, mais tout ce que je sais permet de supposer que dans cette province les doléances doivent être au niveau des plus dures citées pour la Lorraine.
Si j'insiste sur ce point, c'est qu'au cours de la Révolution on ne va pas parler d'eux comme des hommes à part entière. Ainsi que je l'ai souligné, du temps de la royauté ils sont français. Pourtant la Révolution va leur discuter cette qualité, et il va y avoir d'incroyables résistances avant qu'on leur accorde le titre de citoyens, et encore avec des restrictions. Le plus souvent, ceux mêmes qui vont les défendre les jugeront avec mépris, et parleront plus de les "régénérer" que de les libérer.
-L'abbé Grégoire.
Pour illustrer ce qui précède je veux prendre l'exemple de l'abbé Grégoire, originaire de la région de Lunéville en Lorraine, et présenté comme le plus grand défenseur des juifs pendant la Révolution. On ne peut nier l'efficacité de son action, mais il faut bien savoir dans quel mépris il tenait les juifs et la ligne de conduite qu'il retenait pour eux.
Grégoire a répondu au concours lancé par l'Académie de Metz en 1785 par un "Essai sur la régénération physique, morale et politique des juifs" qui a été primé. De cet essai je veux citer, mot à mot, un extrait que j'ai trouvé dans les ouvrages de Patrick Girard et Roger Badinter.
"Habitants infortunés de Sundgau, répondez si vous en avez encore la force; cet effrayant tableau n'est il pas celui de l'état auquel plusieurs juifs vous ont réduits? Votre contrée, jadis fertile, et qui enrichissait vos pères, produit à peine un pain grossier à une foule de leurs neveux, et des créanciers aussi impitoyables que fripons vous disputent encore le prix de vos sueurs. Avec quoi les cultiverez vous désormais, ces champs dont vous n'avez plus qu'une jouissance précaire? Vos bestiaux, vos instruments d'agriculture ont été vendus pour assouvir des vipères, pour acquitter une partie des rentes usuraires accumulées sur vos têtes. Ne pouvant plus solliciter la fécondité de la terre, vous êtes réduits à maudire celle de vos épouses qui ont donné le jour à des malheureux. On ne vous a laissé que des bras desséchés par la douleur et la faim; et s'il vous reste encore des haillons pour attester votre misère, et les baigner de vos larmes, c'est que l'usurier juif a dédaigné de vous les arracher."
J'ai trouvés d'autres extraits du discours de Grégoire sur le même ton. Je me limite à citer encore celui-ci: "...ce sont des plantes parasites qui rongent la substance de l'arbre auquel elles s'attachent. Si les juifs n'étaient que des sauvages on aurait plus de facilités pour les régénérer."
Son discours ne change pas tout au long de la Révolution, et s'il défend malgré tout les juifs, c'est avec l'argumentation suivante:
-les juifs sont des plantes parasites,
-la démographie des juifs due à leur mode de vie et à leurs règles constituera un danger pour les Etats qui les accueillent,
-les juifs utilisent "cet espèce d'argot, ce jargon tudesco-hébraïco-rabbinique qui n'est intelligible que pour eux et ne sert qu'à épaissir leur ignorance ou à masquer leur fourberie",
-le Talmud "est un réservoir, un cloaque, où sont accumulés les délires de l'esprit humain"
-les juifs sont sales, sentent mauvais,
-moralement et physiquement, les juifs et leurs femmes sont dégénérés, et la description qu'il en donne va à l'extrême du mépris, s'en prenant même à leurs habitudes sexuelles,
-etc....
Mais:
-la dégénérescence des juifs n'est pas irréversible,
-ils sont bons époux, bons pères,
-ils respectent leurs parents et les vieillards,
-ils ont de la tendresse pour leurs frères indigents.
Grégoire développe longuement que c'est la situation faite aux juifs qui les a mis dans cet état, donc:
-il faut changer cette situation en les régénérant,
-la société chrétienne doit réparer ses torts,
-il ne faut pas se limiter à la tolérance, il faut changer le statut des juifs, en allant même contre leur gré.
Et Grégoire écrit: "L'entière liberté religieuse accordée aux juifs sera un grand pas en avant pour les réformer et, j'ose le dire, pour les convertir: car la vérité n'est persuasive qu'autant qu'elle est douce."
Je ne peux m'empêcher de penser que le clergé du moyen âge, quand il cherchait la conversion des juifs, le faisait quelquefois avec les méthodes assez rudes de l'époque, mais sans employer ces considérations avilissantes. L'Eglise d'alors ne méprisait pas les juifs en tant qu'hommes.
Il n'en reste pas moins qu'il poursuivra sa démarche avec ténacité pendant toute la Révolution, et que Grégoire se battra jusqu'au bout pour la citoyenneté des juifs.
Malgré cela je me suis senti assez mal à mon aise, quand, à l'occasion du bicentenaire de la Révolution on a transféré ses cendres au Panthéon!.....
Et cette notion d'un peuple avili va poursuivre les juifs de l'est de la France longtemps encore après la Révolution.
-Les Assemblées et les juifs.
Dans les Assemblées qui vont se tenir de 1789 à 1799 on trouvera en permanence une forte opposition aux juifs, opposition qui sera toujours majoritaire. Et il est intéressant de noter qu'il y a des opposants dans tous les rangs des Assemblées, et que dans ces débats les grandes voix de la Révolution sont restées le plus souvent silencieuses.
Robespierre fait exception. Il prend parti, mais avec beaucoup de prudence car beaucoup de montagnards sont opposés à l'égalité des juifs. Quand il intervient le 23 décembre 1789, c'est pour déclarer "les vices des juifs naissent de l'avilissement dans lequel vous les avez plongés; ils seront bons lorsqu'il auront trouvé quelque avantage à l'être". Il défend les juifs, mais en quels termes.
Mirabeau s'est intéressé aux juifs bien avant la Révolution. Il a rencontré Mendelsohn en Allemagne et écrit un livre sur son oeuvre. Il a été consulté par Malesherbes. Mais son efficacité pendant la Révolution est limitée car il meurt en avril 1791.
Clermont Tonnerre se bat pour les juifs du début à la fin, et, c'est exceptionnel, je n'ai trouvé chez lui aucun terme de mépris. Sa ligne de conduite est claire: "Il faut tout refuser aux juifs comme Nation dans le sens de corps constitué et accorder tout aux juifs comme individus."
Gilbert Cahen dans "L'histoire des juifs de France" (Blumenkranz) énumère les noms des quelques révolutionnaire qui ont défendu les juifs, et souligne qu'ils ont tous voulu les éloigner du Talmud. Une seule exception, Roederer, qui reconnaît que les vertus de la société juive sont aussi valables que celles de la chrétienté.
En fait, dans leur très grande majorité les révolutionnaires ne s'étaient pas dégagés de l'antijudaïsme que l'Eglise avait ancré dans les esprits depuis des siècles.
-Les étapes de la Révolution:
-Les Etats généraux et la Constituante-(1789-3O septembre 1791).
Les premières difficultés apparaissent pour les juifs au sujet de la participation aux Etats Généraux. Ceux du sud-ouest participent aux élections malgré l'obstruction des autres corporations. Il n'en est pas de même pour ceux de l'est qui, en raison de l'obstruction locale, prolongée au niveau national, ont les plus grandes difficultés pour déposer, avec beaucoup de retard, des cahiers de doléances.
Mais pour les juifs de l'est, les événements de la Révolution en juillet et août 1789 se manifestent surtout par des émeutes populaires dirigées contre eux. C'est la Grande Peur écrit Badinter. Les juifs sont pourchassés, beaucoup de maisons sont incendiées, et ils doivent souvent s'enfuir. Beaucoup se réfugient à Bâle et aussi à Mulhouse. Et cette situation va durer pendant des mois.
En principe l'égalité est acquise pour tous les français par l'abolition des privilèges le 4 août et le vote des Droits de l'Homme entre les 2O et 26 août. Mais on constate que pour les membres de l'Assemblée, cela ne règle pas le sort des protestants, des juifs,.....ni des comédiens. La discussion à leur sujet va durer jusqu'au 24 décembre 1789, date à laquelle l'Assemblée décide d'étendre l'égalité aux non catholiques,......mais réserve sa décision en ce qui concerne les juifs.
Pour les juifs du sud-ouest c'est la catastrophe, car on vient de leur retirer une égalité déjà acquise sous l'ancien régime. Mais ces "portugais" sont puissants. Alors les discussion reprennent, et le 28 janvier 179O, après deux jours de longs et difficiles débats,l'Assemblée décrète: "Tous les juifs connus en France sous le nom de portugais, espagnols, avignonnais, continueront de jouir des droits de citoyens actifs dont ils ont jouis jusqu'àprésent". Les juifs d'Alsace-Lorraine sont clairement exclus de cette décision.
En ce qui concerne les juifs du sud-est, l'évolution de leur situation passe par tout un ensemble de tribulations, d'ailleurs différentes suivant qu'ils sont fixés en Avignon, à Carpentras, etc. On peut résumer en disant que les habitants des Etats du Pape, influencés par la Révolution française toute proche, s'étaient libérés de l'autorité de Rome, et que dans cette évolution les juifs ont été admis, par étapes, comme citoyens à part entière. Et lors du rattachement officiel à la France, le 13 septembre 1791, il n'y eu aucun problème pour eux puisqu'ils étaient déjà citoyens. Ensuite, dans toutes les décisions ultérieures, ils ont été assimilés aux bordelais. On peut d'ailleurs noter à leur sujet, que contrairement à leurs coreligionnaires du sud-ouest et de l'est, ils ont été plus témoins qu'acteurs de leur émancipation.
Pour les juifs de l'est, au contraire, rien ne se règle. Les attaques sur place se multiplient, Strasbourg veut les expulser, et l'on organise des consultations populaires qui concluent toutes dans l'unanimité au refus de l'admission des juifs à la citoyenneté. Ceux-ci ne cessent cependant d'intervenir. Il faudrait tout un livre pour relater l'ensemble de leurs démarches et les difficultés auxquelles ils se sont heurtés. Je ne cite ici que l'essentiel. Les juifs de l'est, et ceux qui les soutiennent, obtiennent l'inscription de leurs problèmes à l'ordre du jour de l'Assemblée le 22 mars 179O, mais les députés ajournent les débats. Le 3O avril 179O nouvel inscription à l'ordre du jour, et nouvel ajournement.
Ici se situe une intervention que je veux citer, car elle concerne une région qui m'intéresse particulièrement. Le 4 juillet 179O, donc un an après le début de la Révolution, les juifs de Sarreguemines adressent une pétition, dont voici quelques extraits:
"Messieurs les Représentants de la Nation Française,
Dans le moment de régénération où les abus sont détruits, où les préjugés disparaissent, et quand l'Assemblée Nationale a déclaré dans ses décrets augustes que les hommes naissent et demeurent égaux,
Ne sera-t-il pas permis aux juifs établis à Sarreguemines, de réclamer cette égalité si précieuse et si juste?.....
Dans l'ivresse universelle qu'inspirent des décisions à jamais mémorables, faudra-t-il que les juifs soient condamnés à gémir sur leur sort?" (Cité par Camille Wolff dans "L'alliance Israélite" LVIII°année-n°17-29/4/1897)
Cette pétition a été lue à l'Assemblée le 3 août 1790, mais n'a pas eu de suite.
Entre temps, le 2O juillet, l'Assemblée a décidé la suppression des taxes levées sur les juifs qui ont été maintenues malgré l'abolition des privilèges. C'est le cas entre autres de la lourde taxe levée en Lorraine en faveur du duc de Brancas. Mais les 12 août et 11 septembre de la même année, l'Assemblée, en prenant des dispositions relatives aux élections et à la justice, précise chaque fois qu'elle exclue les juifs de ses décisions, sauf bien entendu les portugais. Avec d'extrêmes difficultés la question revient à nouveau devant l'Assemblée le 18 janvier 1791, mais cette fois encore les députés décident à une forte majorité un nouvel ajournement.
Dans ce processus, il faut mentionner que certains juifs eux mêmes ne facilitent pas l'aboutissement devant une Assemblée hostile, car ils veulent le statut de citoyen sans abandonner l'essentiel des privilèges de leur communauté. Leur position est d'ailleurs justifiée car cela a été admis pour ceux du sud-ouest. On peut aussi comprendre que, dans le climat qui existe localement, la peur puisse leur faire craindre de perdre cette protection. Et il y a aussi les rabbins et les syndics qui ne veulent rien abandonner de leur autorité sur des communautés qui parfois les discutent
On arrive au 27 septembre 1791, l'Assemblée Constituante doit être dissoute quelques jours plus tard, le Roi a été arrêté à Varennes en juin, et, parmi les députés hostiles aux juifs, beaucoup ont émigré ou ne fréquentent plus l'Assemblée. C'est dans ce contexte que, presque à l'improviste, le député Adrien Le Port, élu de la noblesse de Paris, intervient pour que l'Assemblée accorde aux juifs tous les droits des citoyens. Le Président de séance, Regnault de Saint-Angély, intervient alors pour menacer "tous ceux qui parleront contre cette proposition, car c'est la Constitution elle même qu'ils combattront". La proposition est alors adoptée par cette assemblée à effectif réduit.
Pour l'histoire officielle l'égalité des juifs est acquise ce jour là.
On oublie que dès le lendemain du vote, la même Assemblée complète le décret par des conditions qui imposent aux juifs un serment civique entraînant des restrictions qui n'avaient pas été imposées aux portugais, et apportent des restrictions à leur capacité d'éligibilité.
Et le même jour l'Assemblée prend un nouveau décret obligeant les juifs à déposer un état de leurs créances sur les non juifs. Ce décret constituait une loi d'exception applicable aux seuls juifs de l'est pris en tant que collectivité, ce que le décret de la veille venait d'abolir !
Les juifs sont maintenant citoyens, mais ils ne sont encore que des citoyens de seconde zone. Et puis il y a les conditions dans lesquelles le vote est intervenu qui en limite la portée, quoiqu'on en dise. La suite des événements va d'ailleurs montrer que tout n'est pas réglé.
-L'Assemblée législative, la Convention et la 1° République (1° octobre 1791-26 octobre 1795).
Cette fois, contrairement à ce qu'avaient annoncé les judéophobes l'attribution de la qualité de citoyen aux juifs ne déclenche pas de mouvement populaire en Alsace Lorraine. On note pourtant une obstruction locale pour recevoir le serment civique auquel les juifs eux se soumettent sans restriction.
Mais cela ne change pas la situation des juifs. Ils ont maintenant le droit de choisir leur lieu de résidence, mais peu en profitent. Ils restent comme avant une population essentiellement rurale, et en ville rares sont ceux qui sortent de leur quartier.
Au plan professionnel, pas de changement non plus. ils peuvent acquérir des terres, mais le plus souvent ils n'en ont pas les moyens. Ils continuent à être les banquiers des paysans, et, dans cette période de crise économique et frumentaire, les créances ne cessent d'augmenter.
En 1793 c'est le début de la campagne antireligieuse qui fut intense dans l'est de la France. On interdit le sabbat et la circoncision, les synagogues sont fermées, les livres écrits en hébreux doivent être détruits. Les juifs sont à nouveau victimes de persécutions. Pourtant il faut ramener les choses à leurs justes proportions, car dans cette affaire, le nombre de rabbins et de chantres du culte juif victimes de cette situation est bien faible comparé au nombre de prêtres pourchassés et déportés.
Dans cette situation les juifs de l'est composent avec le régime, et bien peu se révoltent.
Par contre cette campagne antireligieuse déclenche un mouvement anti-juif essentiellement conduit par les autorités révolutionnaires qui mettent en avant des motifs économiques. On voit la Société des Jacobins de Nancy lancer une motion réclamant l'expulsion des juifs de France pour le motif qu'ils sont "toujours des agioteurs, toujours accapareurs, toujours isolés du reste de la République". On voit Saint-Just à Nancy lever sur les juifs une contribution qui dépasse les moyens financiers des intéressés. On voit la municipalité de Metz décider une contribution de 2O.OOO livres, soit le même montant que la taxe Brancas de l'ancien régime pourtant abolie par la Constituante en juillet 179O. On voit beaucoup de juifs riches emprisonnés pendant de longs mois qui ne seront libérés qu'après le versement de sommes importantes. Et l'on voit même en Alsace des contributions sur les communautés, pourtant officiellement dissoutes, obligeant ainsi ces communautés à s'endetter à nouveau.
Dans ce climat les juifs signent une pétition qu'ils adressent à la Convention pour demander aide et assistance, et l'on comprend le soulagement qu'ils ont éprouvé en apprenant la chute de Robespierre le 9 thermidor (27 juillet 1794).
-Le Directoire-(26 octobre 1794-9 novembre 1799 (18 brumaire an VIII)).
Si le Directoire a à son actif le rétablissement de la liberté religieuse, il est par contre l'auteur de mesures qui remettent gravement en cause les dispositions déjà prises pour l'égalité des juifs dans la société, même si cette égalité est encore très incomplète et peu réelle dans les faits. Cela apparaît à propos des dettes des communautés.
J'ai déjà mentionné ces dettes des communautés, qui, croissant chaque année en raison des lourdes taxes auxquelles elles étaient soumises, atteignaient des montants considérables.
Cette situation a continué à s'aggraver au cours de la Révolution, et le décret de la Constituante de septembre 1791 qui supprimait les communautés n'avait rien prévu à ce sujet. Cela bien que les juifs de l'est aient vivement attiré l'attention des législateurs sur cette question, en précisant même que leurs créanciers étaient pour la plupart catholiques. Et je crois que l'on doit souligner à ce sujet que, malgré le mal que l'on disait d'eux, les engagements des juifs étaient toujours scrupuleusement respectés, et que cela était bien connu de tous ceux avec qui ils traitaient.
Plus tard, par décret du 15 août 1793, la Convention Nationale avait décrété biens nationaux, les biens des corporations, et, dettes nationales, les dettes de ces mêmes corporations.
Ce décret venant après la dissolution des communautés, et alors que leurs biens leurs ont été confisqués, permettait aux juifs de penser que les dettes de leurs communautés étaient éteintes.
Or le problème ressurgit sous le Directoire, avec la volonté pour certains de maintenir ces dettes. La question vient alors devant le Conseil des Cinq Cents. Certains membres réagissent vivement contre cette remise en cause. Pourtant le Conseil décrète le 6 décembre 1797 que les communautés juives n'étant pas comprises dans la dissolution des corporations, leurs dettes n'étaient pas nationalisées.
Cela entraînait de façon discriminatoire le maintien des communautés juives. Mais le plus grave, c'est que ce décret confirmait dans l'opinion publique l'idée que les droits civiques obtenus par les juifs ne signifiaient pas l'égalité pleine et entière.
-Les juifs et la Révolution.
Si le petit peuple juif ne pouvait que subir ces événements, certains juifs évolués, résidant tant en France qu'à l'extérieur, regardaient la situation avec un certain recul. Et l'on constate que parmi eux beaucoup ne croyaient pas au succès de la Révolution. C'est le cas des juifs de cour et banquiers des princes, en particulier celui des Rothschild qui soutinrent sans défaillir l'Autriche et l'Angleterre au temps de la Révolution et sous Napoléon Premier.
On retrouve cet état d'esprit en France, chez certains séfarades du sud ouest. C'est ainsi qu'en 1793 certains d'entre eux prennent contact avec le Conseil du Comte de Lille, qui se disait alors régent du royaume, pour proposer une convention. Il s'agissait, en cas de restauration, de leur céder la baie d'Arcachon et toutes les landes de ce territoire entre Bordeaux et Bayonne pour être tenues par eux en propriété sous l'égide de la couronne. Pour cela ils offraient vingt cinq millions de livres, dont cinq payables comptant au moment de l'adoption du projet, cinq autres par traites payables sous un an avec la garantie des synagogues hollandaises et portugaises, les quinze millions restants payables lors de la mise en possession. Quant on voit ces conditions de paiement, on peut mesurer à quel point certains juifs français et étrangers jugeaient probables le retour d'un roi. Le projet n'eu pas de suite, un évêque, membre du conseil de régence, s'y étant opposé pour des motifs religieux.
Cela n'a rien à voir avec ma recherche pour l'histoire de notre famille, mais j'ai trouvé que cette anecdote, concernant une région que nous connaissons bien, valait la peine d'être rapportée.
-Conclusion.
Badinter a terminé son livre en considérant qu'à partir du 27 septembre 1791 les juifs ont été "libres et égaux". En cela il est dans la droite ligne de la tradition laïque et républicaine vis à vis de cette période de l'histoire.
Je crois qu'Annie Perchenet est plus proche de la réalité quand elle écrit: "Il faut se garder d'un trop grand enthousiasme pour le siècle des lumières et l'oeuvre révolutionnaire dans le bénéfice qu'elle accorda aux juifs de France". De même lorsque Patrick Girard écrit: "Loin d'être un acquit de la Révolution ou une conséquence de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, l'octroi des droits civils aux juifs est l'aboutissement d'un long processus entamé et en partie mené à bien par l'ancien régime".
Personnellement, après une période pendant laquelle on a tellement chanté les louanges d'une Révolution qui a libéré les juifs, je ne peux m'empêcher de constater:
-que dès le début de la Révolution on a exclu les juifs du bénéfice de l'abolition des privilèges et de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen,
-qu'en agissant ainsi les révolutionnaires prenaient une position discriminatoire et même rétrograde, puisqu'elle était en retrait par rapport à la politique des derniers rois qui en avaient fait des "sujets régnicoles", et particulièrement en retrait par rapport à la politique engagée par Louis XVI, Necker et Malesherbes pour supprimer, comme ils l'avaient déjà réalisé pour les protestants, les discriminations dont souffraient les juifs.
-que les dispositions prises par les révolutionnaires étaient particulièrement rétrogrades pour les juifs du sud-ouest, puisqu'ils leur supprimaient l'égalité acquise sous l'ancien régime,
-que pendant plus de deux ans, non seulement les votes se sont succédés pour repousser la discussion des droits des juifs d'Alsace-Lorraine, mais encore ils ont été exclus du bénéfice des nouvelles lois votées,
-que finalement c'est une assemblée désorganisée qui a accordé une citoyenneté limitée aux juifs de l'est, qui je le rappelle étaient déjà français en tant que "sujet régnicoles" de l'ancien régime,
-que même après cette loi, comme nous allons le voir dans es pages suivantes, un certain nombre de révolutionnaires ont participé à des menées antijuives et levé des impôts spéciaux sur les juifs comme cela se faisait sous l'ancien régime.
La réalité, c'est que l'octroi des droits civils aux juifs avec une réelle égalité est l'aboutissement d'un long processus commencé sous l'ancien régime et qui se terminera bien après la Révolution. Dans ce processus la Révolution a eu sa part, surtout dans l'énoncé des principes, mais on ne peut lui en attribuer tout le mérite, comme le laissent penser les louanges tant de fois répétées.
LA REVOLUTION ET LE DIRECTOIRE
-Ma rencontre avec cette période de l'histoire.
Essayant de comprendre cette période qu'a vécue la famille dont j'ai retrouvé la trace, j'ai d'abord noté, ponctuellement, et de façon dispersée dans différents ouvrages, des faits qui contredisaient ce que je savais de l'histoire officielle. Puis j'ai trouvé des ouvrages plus précis qui s'efforçaient de rétablir la réalité de l'histoire. D'abord "L'histoire des Juifs de France" d'Annie Perchenet, auteur chrétien, et surtout les livres de Patrick Girard, auteur juif.
Si mes lectures précédentes m'avaient permis de comprendre comment l'Eglise catholique avait déformé l'histoire des juifs dés les premiers siècles de l'ère chrétienne, je découvrais maintenant, que l'Etat laïque et républicain l'avait, à son tour, bien arrangée pour magnifier la Révolution aux dépends de la Royauté et de l'Empire. Plus surprenant encore, j'ai découvert que l'historiographie juive, pour d'autres raisons, a déformé l'histoire dans le même sens que l'Etat républicain.
-La France des communautés.
En essayant de comprendre la situation des juifs dans la France de cette époque, je me suis demandé comment les "communautés" juives pouvaient s'intégrer dans l'organisation de la société. Et je me suis rendu compte que la France comme les autres pays occidentaux d'alors n'était qu'un assemblage de communautés, chacune ayant des usages, des droits et des devoirs souvent très différents. En fait des groupes de gens le plus souvent originaires d'une même région avaient leur vie régie non seulement par des traditions particulières, mais aussi par des traités résultant de conquêtes successives ou d'annexions par mariages auxquelles s'ajoutaient les dispositions prises par lettres patentes cas par cas.
Mais cela allait encore plus loin. Les Etats dans l'Etat étaient nombreux, corporations régissant une partie de l'économie, parlements dominés par la noblesse de robe et opposés à l'autorité royale. Mais aussi l'existence de nations picarde, bretonne, gasconne, montrait l'extrême vigueur des particularismes locaux avec leurs implications politiques et juridiques.
J'ai pu me rendre compte de l'ampleur de tels particularismes dans une histoire du peuple basque que m'a prêté mon ami Tonio. on imagine difficilement de telles différences avec l'image que l'histoire officielle nous a donné de cette époque.
Si les rois avaient voulu de façon continue réaliser l'unité de la France, il étaient loin d'y être parvenu. Le sentiment de nation française était inconnu, et les gens étaient plus attachés à leur communauté, éventuellement au Roi, que solidaires du royaume.
Et dans cet assemblage où l'on trouvait des modèles de société et des organisations du pouvoir si différents, les communautés juives ne constituaient que des cas parmi beaucoup d'autres, et non de véritables exceptions comme il m'avait d'abord semblé.
-La situation morale des juifs en France.
Dans le chapitre précédent j'ai décrit l'état des communautés juives en France avant la Révolution. J'y reviens pour situer plus précisément leur situation morale et la façon dont ils étaient perçus par le reste de la population. Cela, en effet va avoir une grande importance sur l'évolution du problème juif au cours de la Révolution et même longtemps après.
Les juifs du sud-ouest, assimilés à la population, vivent sans problème notable. Le sort des juifs des Etats Pontificaux est moins enviable, mais nous verrons qu'il va évoluer dans de bonnes conditions.
Il n'en est pas de même pour les juifs de l'est pour toutes les raisons que j'ai déjà énumérées.
Pour apprécier l'attitude des populations de Lorraine, Jean-Bernard Lang, dans "Les Cahiers Lorrains", donne une analyse des cahiers de doléances. Il en résulte une image très nuancée.
A Metz, où réside la communauté juive la plus importante, c'est la tolérance qui domine. Les cahiers du clergé ne mentionnent pas les juifs, les cahiers de la noblesse demandent l'égalité pour tous les régnicoles, donc pour les juifs comme pour les autres, et le Tiers se limite à demander des moyens de rendre les juifs plus utiles. On trouve également un esprit de tolérance à Lunéville et dans un petit nombre de communes.
Partout ailleurs apparaissent des plaintes contre l'usure des juifs. Les moins virulents assortissent leurs revendications de considérations qui relativisent leurs positions, ainsi: certains demandent de réglementer l'usure, mais sans l'interdire aux juifs; d'autres mentionnent que les juifs font de l'usure, mais qu'ils ne sont pas les seuls; d'autres encore accompagnent leurs plaintes contre les juifs d'attaques aussi violentes contre les seigneurs qui les ont fait venir par intérêt.
Une position plus dure apparaît chez ceux qui demandent à la fois des mesures contre l'usure et pour arrêter l'accroissement démographique par l'interdiction d'installation des étrangers, et par une limitation des mariages pour ceux qui sont installés.
Mais dans de nombreux cas les positions antijuives sont très dures, avec toujours le motif prioritaire de l'usure. On lit comme commentaires qu'ils sont " la ruine du peuple, la peste de la province et le chancre de l'Etat, la limite de leur usure étant l'impossibilité de recevoir davantage." et l'on souhaite "que la France soit une maison de force pour les juifs, par religion ennemis du bien public". Certains demandent des expulsions, l'un se limite à une famille, l'autre l'étend à tous les juifs de la commune, mais demande seulement de les envoyer à Metz, mais d'autres veulent aller plus loin, par exemple ceux qui veulent les reléguer dans une île inculte, après leur avoir appris à cultiver le terre.
Je n'ai pas d'analyse comparable pour l'Alsace, mais tout ce que je sais permet de supposer que dans cette province les doléances doivent être au niveau des plus dures citées pour la Lorraine.
Si j'insiste sur ce point, c'est qu'au cours de la Révolution on ne va pas parler d'eux comme des hommes à part entière. Ainsi que je l'ai souligné, du temps de la royauté ils sont français. Pourtant la Révolution va leur discuter cette qualité, et il va y avoir d'incroyables résistances avant qu'on leur accorde le titre de citoyens, et encore avec des restrictions. Le plus souvent, ceux mêmes qui vont les défendre les jugeront avec mépris, et parleront plus de les "régénérer" que de les libérer.
-L'abbé Grégoire.
Pour illustrer ce qui précède je veux prendre l'exemple de l'abbé Grégoire, originaire de la région de Lunéville en Lorraine, et présenté comme le plus grand défenseur des juifs pendant la Révolution. On ne peut nier l'efficacité de son action, mais il faut bien savoir dans quel mépris il tenait les juifs et la ligne de conduite qu'il retenait pour eux.
Grégoire a répondu au concours lancé par l'Académie de Metz en 1785 par un "Essai sur la régénération physique, morale et politique des juifs" qui a été primé. De cet essai je veux citer, mot à mot, un extrait que j'ai trouvé dans les ouvrages de Patrick Girard et Roger Badinter.
"Habitants infortunés de Sundgau, répondez si vous en avez encore la force; cet effrayant tableau n'est il pas celui de l'état auquel plusieurs juifs vous ont réduits? Votre contrée, jadis fertile, et qui enrichissait vos pères, produit à peine un pain grossier à une foule de leurs neveux, et des créanciers aussi impitoyables que fripons vous disputent encore le prix de vos sueurs. Avec quoi les cultiverez vous désormais, ces champs dont vous n'avez plus qu'une jouissance précaire? Vos bestiaux, vos instruments d'agriculture ont été vendus pour assouvir des vipères, pour acquitter une partie des rentes usuraires accumulées sur vos têtes. Ne pouvant plus solliciter la fécondité de la terre, vous êtes réduits à maudire celle de vos épouses qui ont donné le jour à des malheureux. On ne vous a laissé que des bras desséchés par la douleur et la faim; et s'il vous reste encore des haillons pour attester votre misère, et les baigner de vos larmes, c'est que l'usurier juif a dédaigné de vous les arracher."
J'ai trouvés d'autres extraits du discours de Grégoire sur le même ton. Je me limite à citer encore celui-ci: "...ce sont des plantes parasites qui rongent la substance de l'arbre auquel elles s'attachent. Si les juifs n'étaient que des sauvages on aurait plus de facilités pour les régénérer."
Son discours ne change pas tout au long de la Révolution, et s'il défend malgré tout les juifs, c'est avec l'argumentation suivante:
-les juifs sont des plantes parasites,
-la démographie des juifs due à leur mode de vie et à leurs règles constituera un danger pour les Etats qui les accueillent,
-les juifs utilisent "cet espèce d'argot, ce jargon tudesco-hébraïco-rabbinique qui n'est intelligible que pour eux et ne sert qu'à épaissir leur ignorance ou à masquer leur fourberie",
-le Talmud "est un réservoir, un cloaque, où sont accumulés les délires de l'esprit humain"
-les juifs sont sales, sentent mauvais,
-moralement et physiquement, les juifs et leurs femmes sont dégénérés, et la description qu'il en donne va à l'extrême du mépris, s'en prenant même à leurs habitudes sexuelles,
-etc....
Mais:
-la dégénérescence des juifs n'est pas irréversible,
-ils sont bons époux, bons pères,
-ils respectent leurs parents et les vieillards,
-ils ont de la tendresse pour leurs frères indigents.
Grégoire développe longuement que c'est la situation faite aux juifs qui les a mis dans cet état, donc:
-il faut changer cette situation en les régénérant,
-la société chrétienne doit réparer ses torts,
-il ne faut pas se limiter à la tolérance, il faut changer le statut des juifs, en allant même contre leur gré.
Et Grégoire écrit: "L'entière liberté religieuse accordée aux juifs sera un grand pas en avant pour les réformer et, j'ose le dire, pour les convertir: car la vérité n'est persuasive qu'autant qu'elle est douce."
Je ne peux m'empêcher de penser que le clergé du moyen âge, quand il cherchait la conversion des juifs, le faisait quelquefois avec les méthodes assez rudes de l'époque, mais sans employer ces considérations avilissantes. L'Eglise d'alors ne méprisait pas les juifs en tant qu'hommes.
Il n'en reste pas moins qu'il poursuivra sa démarche avec ténacité pendant toute la Révolution, et que Grégoire se battra jusqu'au bout pour la citoyenneté des juifs.
Malgré cela je me suis senti assez mal à mon aise, quand, à l'occasion du bicentenaire de la Révolution on a transféré ses cendres au Panthéon!.....
Et cette notion d'un peuple avili va poursuivre les juifs de l'est de la France longtemps encore après la Révolution.
-Les Assemblées et les juifs.
Dans les Assemblées qui vont se tenir de 1789 à 1799 on trouvera en permanence une forte opposition aux juifs, opposition qui sera toujours majoritaire. Et il est intéressant de noter qu'il y a des opposants dans tous les rangs des Assemblées, et que dans ces débats les grandes voix de la Révolution sont restées le plus souvent silencieuses.
Robespierre fait exception. Il prend parti, mais avec beaucoup de prudence car beaucoup de montagnards sont opposés à l'égalité des juifs. Quand il intervient le 23 décembre 1789, c'est pour déclarer "les vices des juifs naissent de l'avilissement dans lequel vous les avez plongés; ils seront bons lorsqu'il auront trouvé quelque avantage à l'être". Il défend les juifs, mais en quels termes.
Mirabeau s'est intéressé aux juifs bien avant la Révolution. Il a rencontré Mendelsohn en Allemagne et écrit un livre sur son oeuvre. Il a été consulté par Malesherbes. Mais son efficacité pendant la Révolution est limitée car il meurt en avril 1791.
Clermont Tonnerre se bat pour les juifs du début à la fin, et, c'est exceptionnel, je n'ai trouvé chez lui aucun terme de mépris. Sa ligne de conduite est claire: "Il faut tout refuser aux juifs comme Nation dans le sens de corps constitué et accorder tout aux juifs comme individus."
Gilbert Cahen dans "L'histoire des juifs de France" (Blumenkranz) énumère les noms des quelques révolutionnaire qui ont défendu les juifs, et souligne qu'ils ont tous voulu les éloigner du Talmud. Une seule exception, Roederer, qui reconnaît que les vertus de la société juive sont aussi valables que celles de la chrétienté.
En fait, dans leur très grande majorité les révolutionnaires ne s'étaient pas dégagés de l'antijudaïsme que l'Eglise avait ancré dans les esprits depuis des siècles.
-Les étapes de la Révolution:
-Les Etats généraux et la Constituante-(1789-3O septembre 1791).
Les premières difficultés apparaissent pour les juifs au sujet de la participation aux Etats Généraux. Ceux du sud-ouest participent aux élections malgré l'obstruction des autres corporations. Il n'en est pas de même pour ceux de l'est qui, en raison de l'obstruction locale, prolongée au niveau national, ont les plus grandes difficultés pour déposer, avec beaucoup de retard, des cahiers de doléances.
Mais pour les juifs de l'est, les événements de la Révolution en juillet et août 1789 se manifestent surtout par des émeutes populaires dirigées contre eux. C'est la Grande Peur écrit Badinter. Les juifs sont pourchassés, beaucoup de maisons sont incendiées, et ils doivent souvent s'enfuir. Beaucoup se réfugient à Bâle et aussi à Mulhouse. Et cette situation va durer pendant des mois.
En principe l'égalité est acquise pour tous les français par l'abolition des privilèges le 4 août et le vote des Droits de l'Homme entre les 2O et 26 août. Mais on constate que pour les membres de l'Assemblée, cela ne règle pas le sort des protestants, des juifs,.....ni des comédiens. La discussion à leur sujet va durer jusqu'au 24 décembre 1789, date à laquelle l'Assemblée décide d'étendre l'égalité aux non catholiques,......mais réserve sa décision en ce qui concerne les juifs.
Pour les juifs du sud-ouest c'est la catastrophe, car on vient de leur retirer une égalité déjà acquise sous l'ancien régime. Mais ces "portugais" sont puissants. Alors les discussion reprennent, et le 28 janvier 179O, après deux jours de longs et difficiles débats,l'Assemblée décrète: "Tous les juifs connus en France sous le nom de portugais, espagnols, avignonnais, continueront de jouir des droits de citoyens actifs dont ils ont jouis jusqu'àprésent". Les juifs d'Alsace-Lorraine sont clairement exclus de cette décision.
En ce qui concerne les juifs du sud-est, l'évolution de leur situation passe par tout un ensemble de tribulations, d'ailleurs différentes suivant qu'ils sont fixés en Avignon, à Carpentras, etc. On peut résumer en disant que les habitants des Etats du Pape, influencés par la Révolution française toute proche, s'étaient libérés de l'autorité de Rome, et que dans cette évolution les juifs ont été admis, par étapes, comme citoyens à part entière. Et lors du rattachement officiel à la France, le 13 septembre 1791, il n'y eu aucun problème pour eux puisqu'ils étaient déjà citoyens. Ensuite, dans toutes les décisions ultérieures, ils ont été assimilés aux bordelais. On peut d'ailleurs noter à leur sujet, que contrairement à leurs coreligionnaires du sud-ouest et de l'est, ils ont été plus témoins qu'acteurs de leur émancipation.
Pour les juifs de l'est, au contraire, rien ne se règle. Les attaques sur place se multiplient, Strasbourg veut les expulser, et l'on organise des consultations populaires qui concluent toutes dans l'unanimité au refus de l'admission des juifs à la citoyenneté. Ceux-ci ne cessent cependant d'intervenir. Il faudrait tout un livre pour relater l'ensemble de leurs démarches et les difficultés auxquelles ils se sont heurtés. Je ne cite ici que l'essentiel. Les juifs de l'est, et ceux qui les soutiennent, obtiennent l'inscription de leurs problèmes à l'ordre du jour de l'Assemblée le 22 mars 179O, mais les députés ajournent les débats. Le 3O avril 179O nouvel inscription à l'ordre du jour, et nouvel ajournement.
Ici se situe une intervention que je veux citer, car elle concerne une région qui m'intéresse particulièrement. Le 4 juillet 179O, donc un an après le début de la Révolution, les juifs de Sarreguemines adressent une pétition, dont voici quelques extraits:
"Messieurs les Représentants de la Nation Française,
Dans le moment de régénération où les abus sont détruits, où les préjugés disparaissent, et quand l'Assemblée Nationale a déclaré dans ses décrets augustes que les hommes naissent et demeurent égaux,
Ne sera-t-il pas permis aux juifs établis à Sarreguemines, de réclamer cette égalité si précieuse et si juste?.....
Dans l'ivresse universelle qu'inspirent des décisions à jamais mémorables, faudra-t-il que les juifs soient condamnés à gémir sur leur sort?" (Cité par Camille Wolff dans "L'alliance Israélite" LVIII°année-n°17-29/4/1897)
Cette pétition a été lue à l'Assemblée le 3 août 1790, mais n'a pas eu de suite.
Entre temps, le 2O juillet, l'Assemblée a décidé la suppression des taxes levées sur les juifs qui ont été maintenues malgré l'abolition des privilèges. C'est le cas entre autres de la lourde taxe levée en Lorraine en faveur du duc de Brancas. Mais les 12 août et 11 septembre de la même année, l'Assemblée, en prenant des dispositions relatives aux élections et à la justice, précise chaque fois qu'elle exclue les juifs de ses décisions, sauf bien entendu les portugais. Avec d'extrêmes difficultés la question revient à nouveau devant l'Assemblée le 18 janvier 1791, mais cette fois encore les députés décident à une forte majorité un nouvel ajournement.
Dans ce processus, il faut mentionner que certains juifs eux mêmes ne facilitent pas l'aboutissement devant une Assemblée hostile, car ils veulent le statut de citoyen sans abandonner l'essentiel des privilèges de leur communauté. Leur position est d'ailleurs justifiée car cela a été admis pour ceux du sud-ouest. On peut aussi comprendre que, dans le climat qui existe localement, la peur puisse leur faire craindre de perdre cette protection. Et il y a aussi les rabbins et les syndics qui ne veulent rien abandonner de leur autorité sur des communautés qui parfois les discutent
On arrive au 27 septembre 1791, l'Assemblée Constituante doit être dissoute quelques jours plus tard, le Roi a été arrêté à Varennes en juin, et, parmi les députés hostiles aux juifs, beaucoup ont émigré ou ne fréquentent plus l'Assemblée. C'est dans ce contexte que, presque à l'improviste, le député Adrien Le Port, élu de la noblesse de Paris, intervient pour que l'Assemblée accorde aux juifs tous les droits des citoyens. Le Président de séance, Regnault de Saint-Angély, intervient alors pour menacer "tous ceux qui parleront contre cette proposition, car c'est la Constitution elle même qu'ils combattront". La proposition est alors adoptée par cette assemblée à effectif réduit.
Pour l'histoire officielle l'égalité des juifs est acquise ce jour là.
On oublie que dès le lendemain du vote, la même Assemblée complète le décret par des conditions qui imposent aux juifs un serment civique entraînant des restrictions qui n'avaient pas été imposées aux portugais, et apportent des restrictions à leur capacité d'éligibilité.
Et le même jour l'Assemblée prend un nouveau décret obligeant les juifs à déposer un état de leurs créances sur les non juifs. Ce décret constituait une loi d'exception applicable aux seuls juifs de l'est pris en tant que collectivité, ce que le décret de la veille venait d'abolir !
Les juifs sont maintenant citoyens, mais ils ne sont encore que des citoyens de seconde zone. Et puis il y a les conditions dans lesquelles le vote est intervenu qui en limite la portée, quoiqu'on en dise. La suite des événements va d'ailleurs montrer que tout n'est pas réglé.
-L'Assemblée législative, la Convention et la 1° République (1° octobre 1791-26 octobre 1795).
Cette fois, contrairement à ce qu'avaient annoncé les judéophobes l'attribution de la qualité de citoyen aux juifs ne déclenche pas de mouvement populaire en Alsace Lorraine. On note pourtant une obstruction locale pour recevoir le serment civique auquel les juifs eux se soumettent sans restriction.
Mais cela ne change pas la situation des juifs. Ils ont maintenant le droit de choisir leur lieu de résidence, mais peu en profitent. Ils restent comme avant une population essentiellement rurale, et en ville rares sont ceux qui sortent de leur quartier.
Au plan professionnel, pas de changement non plus. ils peuvent acquérir des terres, mais le plus souvent ils n'en ont pas les moyens. Ils continuent à être les banquiers des paysans, et, dans cette période de crise économique et frumentaire, les créances ne cessent d'augmenter.
En 1793 c'est le début de la campagne antireligieuse qui fut intense dans l'est de la France. On interdit le sabbat et la circoncision, les synagogues sont fermées, les livres écrits en hébreux doivent être détruits. Les juifs sont à nouveau victimes de persécutions. Pourtant il faut ramener les choses à leurs justes proportions, car dans cette affaire, le nombre de rabbins et de chantres du culte juif victimes de cette situation est bien faible comparé au nombre de prêtres pourchassés et déportés.
Dans cette situation les juifs de l'est composent avec le régime, et bien peu se révoltent.
Par contre cette campagne antireligieuse déclenche un mouvement anti-juif essentiellement conduit par les autorités révolutionnaires qui mettent en avant des motifs économiques. On voit la Société des Jacobins de Nancy lancer une motion réclamant l'expulsion des juifs de France pour le motif qu'ils sont "toujours des agioteurs, toujours accapareurs, toujours isolés du reste de la République". On voit Saint-Just à Nancy lever sur les juifs une contribution qui dépasse les moyens financiers des intéressés. On voit la municipalité de Metz décider une contribution de 2O.OOO livres, soit le même montant que la taxe Brancas de l'ancien régime pourtant abolie par la Constituante en juillet 179O. On voit beaucoup de juifs riches emprisonnés pendant de longs mois qui ne seront libérés qu'après le versement de sommes importantes. Et l'on voit même en Alsace des contributions sur les communautés, pourtant officiellement dissoutes, obligeant ainsi ces communautés à s'endetter à nouveau.
Dans ce climat les juifs signent une pétition qu'ils adressent à la Convention pour demander aide et assistance, et l'on comprend le soulagement qu'ils ont éprouvé en apprenant la chute de Robespierre le 9 thermidor (27 juillet 1794).
-Le Directoire-(26 octobre 1794-9 novembre 1799 (18 brumaire an VIII)).
Si le Directoire a à son actif le rétablissement de la liberté religieuse, il est par contre l'auteur de mesures qui remettent gravement en cause les dispositions déjà prises pour l'égalité des juifs dans la société, même si cette égalité est encore très incomplète et peu réelle dans les faits. Cela apparaît à propos des dettes des communautés.
J'ai déjà mentionné ces dettes des communautés, qui, croissant chaque année en raison des lourdes taxes auxquelles elles étaient soumises, atteignaient des montants considérables.
Cette situation a continué à s'aggraver au cours de la Révolution, et le décret de la Constituante de septembre 1791 qui supprimait les communautés n'avait rien prévu à ce sujet. Cela bien que les juifs de l'est aient vivement attiré l'attention des législateurs sur cette question, en précisant même que leurs créanciers étaient pour la plupart catholiques. Et je crois que l'on doit souligner à ce sujet que, malgré le mal que l'on disait d'eux, les engagements des juifs étaient toujours scrupuleusement respectés, et que cela était bien connu de tous ceux avec qui ils traitaient.
Plus tard, par décret du 15 août 1793, la Convention Nationale avait décrété biens nationaux, les biens des corporations, et, dettes nationales, les dettes de ces mêmes corporations.
Ce décret venant après la dissolution des communautés, et alors que leurs biens leurs ont été confisqués, permettait aux juifs de penser que les dettes de leurs communautés étaient éteintes.
Or le problème ressurgit sous le Directoire, avec la volonté pour certains de maintenir ces dettes. La question vient alors devant le Conseil des Cinq Cents. Certains membres réagissent vivement contre cette remise en cause. Pourtant le Conseil décrète le 6 décembre 1797 que les communautés juives n'étant pas comprises dans la dissolution des corporations, leurs dettes n'étaient pas nationalisées.
Cela entraînait de façon discriminatoire le maintien des communautés juives. Mais le plus grave, c'est que ce décret confirmait dans l'opinion publique l'idée que les droits civiques obtenus par les juifs ne signifiaient pas l'égalité pleine et entière.
-Les juifs et la Révolution.
Si le petit peuple juif ne pouvait que subir ces événements, certains juifs évolués, résidant tant en France qu'à l'extérieur, regardaient la situation avec un certain recul. Et l'on constate que parmi eux beaucoup ne croyaient pas au succès de la Révolution. C'est le cas des juifs de cour et banquiers des princes, en particulier celui des Rothschild qui soutinrent sans défaillir l'Autriche et l'Angleterre au temps de la Révolution et sous Napoléon Premier.
On retrouve cet état d'esprit en France, chez certains séfarades du sud ouest. C'est ainsi qu'en 1793 certains d'entre eux prennent contact avec le Conseil du Comte de Lille, qui se disait alors régent du royaume, pour proposer une convention. Il s'agissait, en cas de restauration, de leur céder la baie d'Arcachon et toutes les landes de ce territoire entre Bordeaux et Bayonne pour être tenues par eux en propriété sous l'égide de la couronne. Pour cela ils offraient vingt cinq millions de livres, dont cinq payables comptant au moment de l'adoption du projet, cinq autres par traites payables sous un an avec la garantie des synagogues hollandaises et portugaises, les quinze millions restants payables lors de la mise en possession. Quant on voit ces conditions de paiement, on peut mesurer à quel point certains juifs français et étrangers jugeaient probables le retour d'un roi. Le projet n'eu pas de suite, un évêque, membre du conseil de régence, s'y étant opposé pour des motifs religieux.
Cela n'a rien à voir avec ma recherche pour l'histoire de notre famille, mais j'ai trouvé que cette anecdote, concernant une région que nous connaissons bien, valait la peine d'être rapportée.
-Conclusion.
Badinter a terminé son livre en considérant qu'à partir du 27 septembre 1791 les juifs ont été "libres et égaux". En cela il est dans la droite ligne de la tradition laïque et républicaine vis à vis de cette période de l'histoire.
Je crois qu'Annie Perchenet est plus proche de la réalité quand elle écrit: "Il faut se garder d'un trop grand enthousiasme pour le siècle des lumières et l'oeuvre révolutionnaire dans le bénéfice qu'elle accorda aux juifs de France". De même lorsque Patrick Girard écrit: "Loin d'être un acquit de la Révolution ou une conséquence de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, l'octroi des droits civils aux juifs est l'aboutissement d'un long processus entamé et en partie mené à bien par l'ancien régime".
Personnellement, après une période pendant laquelle on a tellement chanté les louanges d'une Révolution qui a libéré les juifs, je ne peux m'empêcher de constater:
-que dès le début de la Révolution on a exclu les juifs du bénéfice de l'abolition des privilèges et de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen,
-qu'en agissant ainsi les révolutionnaires prenaient une position discriminatoire et même rétrograde, puisqu'elle était en retrait par rapport à la politique des derniers rois qui en avaient fait des "sujets régnicoles", et particulièrement en retrait par rapport à la politique engagée par Louis XVI, Necker et Malesherbes pour supprimer, comme ils l'avaient déjà réalisé pour les protestants, les discriminations dont souffraient les juifs.
-que les dispositions prises par les révolutionnaires étaient particulièrement rétrogrades pour les juifs du sud-ouest, puisqu'ils leur supprimaient l'égalité acquise sous l'ancien régime,
-que pendant plus de deux ans, non seulement les votes se sont succédés pour repousser la discussion des droits des juifs d'Alsace-Lorraine, mais encore ils ont été exclus du bénéfice des nouvelles lois votées,
-que finalement c'est une assemblée désorganisée qui a accordé une citoyenneté limitée aux juifs de l'est, qui je le rappelle étaient déjà français en tant que "sujet régnicoles" de l'ancien régime,
-que même après cette loi, comme nous allons le voir dans es pages suivantes, un certain nombre de révolutionnaires ont participé à des menées antijuives et levé des impôts spéciaux sur les juifs comme cela se faisait sous l'ancien régime.
La réalité, c'est que l'octroi des droits civils aux juifs avec une réelle égalité est l'aboutissement d'un long processus commencé sous l'ancien régime et qui se terminera bien après la Révolution. Dans ce processus la Révolution a eu sa part, surtout dans l'énoncé des principes, mais on ne peut lui en attribuer tout le mérite, comme le laissent penser les louanges tant de fois répétées.

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